Recommander

Contes à grandir

Mardi 27 janvier 2009

 L’ânon gris savait qu’il était un petit âne gris. Sa maman, Blanche de la campagne, le lui avait dit quand il était né. Son père, Noir de la montagne, lui avait confirmé au retour de la maternité, en ajoutant qu’il adorait comme ça son petit âne .On avait  inscrit sa couleur sur sa carte d’identité à la mairie, juste à côté de son nom : Arthur, (petit) âne gris. Mais Arthur, en grandissant doutait parfois de lui. Et à l’école, quand on l’interrogeait sur la leçon, en l’appelant : « toi, là-bas, le petit âne gris » et qu’il ne savait pas bien la leçon, Arthur se retournait à gauche, à droite, et, pensant qu’il ne s’agissait pas de lui, ne répondait pas. Même si tous ses amis le regardaient, il se taisait toujours.

Des amis, il en avait de toutes les sortes :

-       des bleus avec des tâches noires,

-       des roses avec des tâches blanches,

-       des verts et jaunes,

-       des avec une longue queue en panache,

-       des à petits poils bien drus et longues oreilles pointues,

-       des  à poils bien long, la queue en tirebouchon,

-       et même des zébrés (qui ressemblaient à des zèbres). Ceux là avaient un gros derrière - on aurait dit qu’ils avaient mis leur pyjama- une petite crinière, bien touffue au dessus du cou, et des pattes trapues. Seulement, ils couraient très très vite.

Arthur, lui, n’avait rien de spécial du tout. Il était juste un petit âne gris sans importance, croyait-il, avec une queue normale, des oreilles normales, une crinière normale, et … un derrière normal. Mais, je vous l’ai dit, il doutait de lui.

Un jour, en marchant dans la ville, il s’arrête devant le magasin d’accessoires électriques. Il rentre dans la boutique et là, entre les néons de lumière rose et vert-fluo qui éclairent son pelage, il se regarde dans la glace.

« Tu vois, dit-il à son ami, je suis un petit âne rose ». Son copain lui sourit, rose comme lui, on aurait dit  un rose pâle de satisfaction sur les joues. Il le regarde, puis lui répond :

« Maintenant tu es vert, et moi aussi je suis vert, vert-fluo électrique » et ils éclatent de rire. En réalité, Arthur était un peu vert de jalousie, mais cela ne se voyait pas. Et les deux ânons continuèrent  leur promenade. Un peu plus loin, ils s’arrêtèrent  au feu rouge qui éclairait  la route. Ils se virent dans la vitrine à côté du feu rouge. Il dit « tu vois, je suis un âne rouge, maintenant ». En réalité, il était un peu rouge de honte, ou de confusion, ou peut-être même un peu rouge de colère, car le policier leur avait fait de grands yeux. Voyant que  les deux ânons s’étaient arrêtés, le policier était redevenu normal. « De braves petits ânes, ceux là ! » se disait-il. Et il leur fit un grand sourire. Les ânons étaient  fiers et contents. Puis le feu était passé au vert…

Encore plus loin, Arthur arriva auprès d’un cirque, il entra à l’intérieur de la grande tente. Et là, sous les lumières de la scène, scintillant sur la piste aux étoiles, il (se) dit : « Tu vois, je suis un âne blanc ». Les spectateurs qui croyaient que l’âne faisait partie du spectacle s’étaient tous retournés vers lui applaudissant son arrivée. L’âne fit le tour de la piste en caracolant, tout excité par le fouet du présentateur déguisé en clown, il fit quelques ruades au son de la musique. Les spectateurs exprimaient  leur joie. Tout blanc et caracolant l’ânon était très fier de sa prestation, même si, dans son habit de lumière, il savait qu’il était un petit âne gris.

Pour terminer son périple, il alla dans la rivière. Les deux ânons y retrouvèrent tous leurs amis pour un gigantesque bain de boue ! On sait que les bains de boue sont excellents pour la santé. Chez les animaux à pattes, cela permet de se débarrasser des parasites, de petites bêtes pas très gentilles qu’ils transportent dans leur pelage, et qui gratouillent et même qui sucent leur sang. Comme ils n’ont pas de bras pour les enlever, cela fait de petites croutes brunes dans leurs poils, ce n’est vraiment pas appétissant.  Alors les ânons se vautrent dans la vase, de longues heures, quel délice ! Certains disent que c’est parce qu’ils sont paresseux, ou qu’ils sont sales, mais nous, nous savons bien que le bain a une fonction de protection et de propreté. L’habit ne fait pas le moine.

Entretemps, Arthur avait pris une jolie couleur grise, la couleur de l’argile qui était au fond de la rivière. Et les autres qui le regardaient étaient  tout étonnés ; ils ne le reconnaissaient plus. Alors Arthur se pencha au dessus de l’eau qui faisait un grand miroir en dessous de lui. Le soleil couchant reflétait son image. Arthur sourit ; il découvrait de lui encore une nouvelle image. Et pourtant, c’était  toujours Arthur.

Et toi, qu’en penses- tu ?

As-tu aussi parfois l’impression que tu n’es pas vraiment toi-même ? Joues-tu parfois un personnage qui n’est pas vraiment toi ? Il n’est pas toujours nécessaire de se déguiser pour paraître quelqu’un d’autre. On peut facilement changer d’apparence. Les adultes appellent cela l’adaptation. On fait « comme si », mais on fait cela seulement dans certaines situations. Au fond de soi, on sait toujours que ce n’est pas pour du vrai. On se protège… 

Que préfères-tu ? Aimes tu que les autres te voient réellement comme tu es ? Peux-tu parfois jouer la comédie ? Dans quels moments fais tu cela ?

Quant à Arthur, le petit âne gris, il a décidé de se laver avant de rentrer chez lui. Redevenu lui-même, entre son papa Noir de la montagne et sa maman Blanche de la campagne, il a découvert qu’il était  heureux.

Marie Roupsinsky, 2009-01-27

Par eclaireusesdevies
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 5 septembre 2008

 

« Allons voir p’tit écureuil roux dans le jardin !» avait  dit Mamy

Pendant que maman partait travailler.

Alors, j’allai dans les bras de Mamy pour dire au revoir.

Puis j’ai marché, j’ai cherché le petit écureuil :

Dans les aiguilles de pin…

Sur le tronc des arbres…

Derrière les buissons…

Nous n’avons rien vu !

 

Dans la journée, je suis retournée sur le sentier :

« Je veux voir le pitit écureuil, Mamy ! »

« PETIT écureuil, ma chérie » disait  Mamy

Elle me prit la main.

Et nous nous sommes promenées jusqu’à midi.

 

Sur le chemin, nous avons regardé.

Derrière le vieux banc de Papy…

A côté des bacs de fleurs…

Il était sûrement bien caché.

Les carottes de sapin étaient mangées jusqu’au trognon.

« Il est passé par-là » a dit papy dans sa moustache.

 

Ptit écureuil roux avait aussi une moustache,

Mais on ne le voyait pas.

Nous l’avons cherché encore.

Et nous avons trouvé des crottes…

De lapin !

 

En revenant, j’étais dans ma poussette,

Je me suis endormie.

Je me suis réveillée pour le goûter.

 

Nous avons mangé dans le pain beurré :

Des crottes au chocolat

Et nous avons bu :

Un grand verre de lait.

Puis je suis sortie de table et j’ai chanté avec tonton April et sa guitare :

(sur l’air de une souris verte)

P’tit écureuil roux,

P’tit écureuil roux

Où es-tu ? Je suis parti,

Où es-t ? Je suis parti

Dans les grands pins,

Dans les grands pins,

Je veux te voir

Je veux te voir

Je ne suis pas là,

Je ne suis pas là,

Le jour je fais la sieste,

A l’aurore je saute de branches en branches

Une deux trois

(Fin de la chanson)

 

Le soir, maman est venue me chercher

Après son travail.

J’ai dit au-revoir à la maison, au jardin, aux arbres.

Derrière les feuilles, j’ai vu qui bougeait, devinez quoi ?

 

Une tête, une patte,

Un museau, des moustaches,

Une longue queue en panache.

 

Et qui sautait sur les branches, devinez qui ?

 

Un p’tit écureuil GRIS…                                                                                                   

 

Demain ou peut-être dimanche je reviendrai.

Dans le jardin des grands-parents

Je chercherai, car je l’ai vu,

Pas un p’tit écureuil roux,

Mais un…

 

Ptit écureuil GRIS !

 

 

juillet 2008

Par Les Maries
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 18 juin 2008

 

Longtemps, mes parents m’avaient attendu, et enfin, j’étais né !

A la maternité, les gens étaient venus, pour me voir et nous féliciter :           

            Oncle André, avec son long nez,

            Tante Jeannine et son air de guigne

            Cousin Edmond et son gros menton,

            Sœur Marie – Merveille, avec ses grandes oreilles

            Bertha, la copine de Louloute, elle portait une moumoute,

            Qu’elle perdit en enlevant son chapeau, découvrant  son crâne tout rose.

Mais quand on m’avait vu, il y avait eu …un long silence.

Le bébé n’était pas comme on l’avait imaginé !

J’entendis, au dessus de mon berceau :

Quel drôle de bonhomme !

Mes parents étaient tellement contents de mon arrivée,

qu’ils me prenaient dans les bras, me câlinaient, me dorlotaient,

Ça me chatouillait si fort que j’ai même fait pipi en l’air .

Papa était très fier et avait pris la photo.

 

En grandissant, j’allai à l’école. La première fois, la maîtresse m’avait pris par la main, pour me présenter à la classe. Il y eut encore…un long silence, entrecoupé de chuchotements. Comme une vague d’abeilles, ils volaient de place en place.

Au dessus des bancs…j’entendais :

            BZZ…Z’avez vu ?

            Tu crois qu’il est gentil ?…            Poil au zizi !

            Il est moche !…            Poil à la caboche !

            J’m’ en fous !…            Poil au cou !

Je me sentais de nouveau…            un drôle de bonhomme

 

La maîtresse m’assit sur un banc, à côté de Dédée. Tout de suite je l’ai aimée. Avec ses tresses (africaines), Dédée est devenue mon amie.

 

Puis nous avons grandi, je suis passé « en secondaire ». Et là je vis pour la première fois :

des profs avec des mallettes,

de toutes sortes, de toutes les couleurs

des filles et des gars,

avec toutes sortes de têtes, ils grimpaient avec leurs drôles de jambes

Les couloirs et les étages de la grande école ;

J’avais un peu le vertige, mais quand on sonnait le début des cours, tout le monde se rangeait, en ordre, dans la cour, et chacun rentrait dans les classes :

            les profs avec leurs mallettes

            les filles avec leurs sucettes,

            les gars avec leurs casquettes,

            le pion avec son sifflet

Pendant que madame la préfète, et monsieur le directeur faisaient la causette

Avec la concierge.

 

A la recréation, chacun avait une place préférée. Au début, j’étais tout seul, avec ma tartine, je sentais le silence me gagner, je me sentais encore « tout drôle ». Alors, je regardais  attentivement les autres. Dans la masse, je distinguais des groupes, bien différents. En voyant les autres en mouvement, je trouvais qu’ils ressemblaient à des animaux, je voyais :

            des éléphants avec leur trompes

            des gazelles aux grandes oreilles,

            des colimaçons et leur dos tout rond

            un grand lion, la barbe au menton

Alors, je me suis senti beaucoup plus à l’aise, j’étais même content, je me suis levé pour aller jouer.

 

Je suis allé dans le groupe des éléphants, le premier jour. C’était gai, dans ce groupe :

on mangeait des chewing-gum à la menthe

on s’envoyait des pétards qui sentaient la flatte de grenouille

on arrosait les murs avec du jus de citron avec nos trompes.

 

Le deuxième jour, ce sont les gazelles qui m’ont invité. Là, il y avait beaucoup de filles, comme Dédée, en plus grande, alors :

            On papotait. On se donnait des rendez vous galants.

On jouait à maquillage et séduction. On lisait des revues.

On s’écoutait les unes les autres avec nos grandes oreilles.

 

Le troisième jour, j’étais fatigué, je suis allé glander avec les limaçons.

Avec eux, j’ai découvert mon côté étrange :

on marchait en traînant ses baskets,

on faisait des bruits bizarres,

des « Mwouais ! «  des « graves ! », des « pff !! », des « t’as vu ? »

des « super, celle-là !!! » et on pouffait en se tenant les côtes.

Ça me faisait du bien de rire, comme ça, avec tous les autres, je ne me sentais plus exclu.

 

Le reste de la semaine, j’ai côtoyé les grands avec leur barbe au menton.

ils m’ont pris comme mascotte, et là, surprise :

J’ai servi de gardien de but,

J’ai couru chercher les balles en dehors de la cour ;

Il y avait des filles, et même le pion, qui me regardaient faire le mur, avec un peu d’envie. J’ai servi de messager pour les billets doux.

 

Plus tard, j’étais encore plus content, j’avais accepté tous mes côtés étranges. Et comme je connaissais tout le monde, j’allais de groupes en groupes, avec les petits secrets.  Parfois une fille m’embrassait, pour me remercier. Ça me chatouillait si fort, dans mon cœur et dedans mon corps, que je ne savais plus qui j’étais. J’en ai rêvé plusieurs nuits, et alors, mes parents m’ont dit que j’étais normal : j’étais un adolescent, comme les autres !

 

Quand je suis parti pour la grande ville, avec mes diplômes sous le bras, tous mes amis m’ont écrit, et aussi mes parents, mais eux, c’était normal. J’ai compris que, même si j’étais si différent, tout le monde m’aimait. Alors je n’ai rien dit, mais dans mon cœur, j’étais très content.  J’ai enfilé ma robe d’avocat,  et je suis entré pour travailler. j’étais arrivé  à la cour des droits de l’homme…

Par Les Maries
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 15 mai 2008

 

Dans le nid douillet de maman, je n’étais pas tout seul. Un jumeau était près de moi. La petite graine de papa s’était séparée en deux, avait grandi : on était deux.

 Mon frère était descendu avec moi à l’intérieur de maman par un toboggan appelé trompe, on glissait doucement. Arrivés tout en bas, dans le fond du ventre, on s’est arrêté sur une paroi lisse, et on s’est accroché avec des lianes.

 Pendant ce temps, maman continuait ses activités, comme si de rien n’était.

On s’était installé, en silence, mon jumeau et moi, on s’était attaché, avec les lianes, aux parois du ventre. On s’était senti bien l’un tout contre l’autre et on s’était développé. Car au début, on n’était encore qu’une petite bulle. Mais bien vite on a grandi pour devenir des petits humains.

 Au début, nous étions si petits que maman ne sentait rien.

 A l’intérieur, il y avait beaucoup de place, nous avions fait notre plaine de jeu : nous pouvions nous balancer, faire des pirouettes, du trampoline, et même du football avec nos pieds qui commençaient à pousser.

 Pendant ce temps, le ventre grossissait à vue d’œil, on aurait dit un ballon qui gonflait. C’est à ce moment que maman nous a présenté à toute la famille.

 Mais nous restions cachés à l’intérieur du ventre de maman, personne ne pouvait nous voir. Il n’était pas encore temps de nous montrer. Nous étions chacun dans une poche, entourés d’eau pour nous protéger.

 Je pouvais déjà entendre mon jumeau à travers la poche. Cela faisait boum, boum, boum régulièrement ! C’est le cœur de mon jumeau qui battait, et j’étais très content.

 Parfois j’avais l’impression que nous étions plusieurs, et je tendais l’oreille. Mais plus tard je n’ai jamais vu que nous deux.

 J’entendais aussi le cœur de maman et beaucoup d’autres bruits, des glouglous, et aussi des autres sons qui venaient de l’extérieur, comme la voix de papa. Mon papa savait qu’on était là, et il chantait pour nous deux. J’entendais sa belle voix grave résonner à travers les glouglous, et j’avais envie de danser. Par moment, j’entendais le silence, et je m’endormais, avec mon début de pouce en bouche, pour me rassurer.

 Mais ce qui m’intéressait le plus, c’était mon frère, tout à côté de moi. Un beau jour, mes bras étaient assez grands pour le toucher, alors, je lui donnais la main.

 J’aimais déjà beaucoup mon frère ; je sentais dans l’eau, à l’intérieur du ventre de maman, quand il était triste. Alors, j’étais triste aussi. Je sentais aussi quand il était joyeux, et je jouais avec lui.

 Parfois, il se mettait en boule, loin de moi et je ne pouvais pas le toucher ; cela me faisait râler. Mais je le comprenais : moi aussi parfois j’avais besoin de place pour m’amuser.

 Parfois, la plupart du temps, nous dormions, paisiblement.

 Et nous nous développions.

 Nous étions devenu assez grands pour que papa aussi nous sente à l’extérieur du ventre de maman ; nous donnions des petits coups de pieds et papa mettait sa main, tout près de nous. Quand papa nous parlait, nous nous rapprochions de lui, à travers la paroi du ventre.  Il pouvait nous appeler par notre prénom.

 On lui faisait des bisous, à travers la paroi du ventre. Nous étions très heureux.

 Bientôt, nous sommes devenus plus grands.

Même si le ventre avait encore gonflé, il était devenu trop petit pour nous deux.

On était obligé de se serrer très fort, l’un contre l’autre, trop fort !

On était vraiment de plus en plus serrés.

Mon jumeau, pour me faire de la place, s’était retourné, la tête en bas. Mais cela ne suffisait pas.

 Nous étions bientôt prêt à naître.

 Alors, tout s’est précipité.

 Le ventre de maman s’est mis à balancer, à se tortiller, à presser très fort nos petits corps dans tous les sens.  J’étais complètement perdu.

 Mon frère s’est mis à pousser aussi contre moi, avec ses bras, ses jambes et tout son corps, il me faisait mal, il voulait absolument s’en aller. Alors, il est parti, le premier.

 Je suis resté seul, un long moment. J’ai cru que j’allais mourir !

 Et puis, moi aussi, je me suis retourné, la tête en bas, et j’ai poussé avec mes pieds dans le fond du ventre sur quelque chose de dur.

 Cela m’a permis de sortir, d’abord la tête, à l’extérieur du ventre de maman, ensuite mes épaules, et le reste du corps, cela glissait à nouveau, j’étais dans une mer d’huile.

Arrivé dehors, j’ai vu papa, maman et tout un tas de monde autour de moi. Mon frère était déjà dans les bras de ma maman. Il m’attendait, les yeux grands ouverts.

 Des mains m’ont posé sur ma maman, juste à côté de mon jumeau. Et nous avons souri. Nous étions de nouveau ensemble.

 Mon frère et moi, dans la vie, on est presque toujours par deux. On rit, on joue, on pleure, on mange, on va chez un ami ensemble.

Quelquefois, on se tourne le dos, pour aller voir ailleurs, c’est nécessaire d’être INDEPENDANT, mais cela ne dure jamais longtemps.

 Le soir venu, on est rudement content de se retrouver ! On va dormir à la même heure, on prend le bain en même temps, maman dit que nous sommes en FUSION. Et, même si on a chacun sa chambre, parfois l’un de nous deux rejoint l’autre en cachette dans son lit.

 Et, comme dans le nid douillet de maman, on se retrouve au petit matin dans le lit : moi, la tête en haut et mon jumeau la tête en bas.                                   illustration Jordi, 13/5/08

Par Les Maries
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 5 février 2008
undefined I




Il était une fois dans un poulailler un poussin qui avait tout pour être heureux. Son père, le meilleur coq de basse-cour qui soit, et sa mère, une tendre et jeune poulette de 26 mois l’aimaient tendrement.

Chaque matin, en se levant, il recevait la visite de la fermière. Elle lui servait la meilleure ration de blé et de maïs qu’un poussin jaune comme lui pouvait rêver, écrasée à souhait, déposée avec délicatesse dans une petite mangeoire de bois.  Il pouvait manger quand il voulait, se disputer avec les petits à peine plus âgés que lui, dans la partie réservée aux poussins, et jouissait des soins réguliers du vétérinaire qui venait lui faire ses vaccins contre la peste aviaire, la fièvre jaune et maintenant aussi la grippe du poulet.
 

Cependant, notre poussin n’était pas heureux. Cela tenait principalement au fait qu’il aurait voulu être un chien. Un chien, mais pourquoi me direz-vous ? Un chien traînait souvent du côté de la ferme réservé aux humains. De là chaque matin débouchait la fermière. Traînant ses galoches en caoutchouc pour ne pas se salir les pieds dans les fientes, elle apportait le seau de blé et de maïs et le chien la suivait en faisant des bonds. Il avait bien fait attention, le petit poussin !
 
Le chien était noir et blanc avec une queue dressée vers le haut, comme un ver blanc qui gigote fixé à un hameçon! ça, c’était les mots du grand-père coq, des mots d’ avant qu’on l’ait cuit dans le bouillon. Dans ce temps là, grand-père allait encore à la pêche... Aussi, les vers blanc fixés aux hameçons, notre poussin les imaginait d’après ce que racontait son grand-père. C’est ainsi qu’il voyait la queue du chien, toute dressée sur son derrière, et gigotant doucement au fil des mouvements du canin pas très câlin.  
 
 Ce qu’il avait vu du chien de la ferme lui avait bien plu : libre, il vaquait. « Vaquer » veut dire, je l’explique aux autres petits poussins qui n’ont pas trois ans, « aller », en termes très anciens. Libre…il allait, libre…il courrait, notre canin, parfois derrière la fermière parfois derrière d’autres créatures ; certaines étaient très bizarres : de même aspect que la fermière, habillés de vêtements multicolores, mais de taille beaucoup plus petite. On les appelait « des enfants ». Et c’est justement cela qui plaisait au poussin, les enfants. Même s’ils lui faisaient quand même un peu peur .
 
De loin, il voyait les enfants sauter, gambader, cracher le plus loin possible en direction du poulailler. Parfois il les voyait courir avec le chien toujours en mouvement. Tandis que lui, dans sa cage, il se sentait enfermé, un peu prisonnier, malgré l’amour de ses parents. Et c’est bien à cause de cet amour là, qu’il n’osait rien dire : de peur de blesser, de peur de s’éloigner, il préférait rester sans bouger sous le regard de son papa et de sa maman.  
 
Il n’aurait jamais voulu avouer sa peine et dire qu’au fond, il préférait une vie de chien. Une vie de chien, de toute façon, c’était très mal vu, on disait « une vie de chien » pour désigner une vie sans bonheur, une vie de faim, une vie de traîne - misère. On disait aussi  « un temps de chien », c'est-à-dire « un temps à ne pas sortir un chien dehors », tellement le froid et la pluie étaient passés de mode. Mais on disait « au chant du coq », lorsque le chant du coq réveillait les gens et leur mettait le nez dehors. Alors, que fallait-il choisir ?
 
Le petit poussin aurait bien voulu retourner en arrière, du temps de grand-pa, et de grand-ma. En ce temps là, des douzaines de cocottes étaient là pour s’occuper des petits poussins : celles qui picorent le sol leur apprenaient à picorer, d’autres leur faisaient réviser leurs leçons, et d’autres encore jouaient de la fanfare , en faisant : COOOOT, COTCOTCOT… COTCOTCOOOOT !!!!
Jamais les poussins de cet âge là ne s’ennuyaient ! Aujourd’hui, les poussins jaunes allaient à la crèche. C’était injuste ! mais comment le dire à maman ?
 
 
Cependant, le poussin s’ennuyait, terriblement.
 
Mais quelle vie allez-vous lui donner ? grommelait grand-père. Grommeler se dit des vieux qui ne sont pas contents, des gens qui rouspètent entre leurs dents. Ils sont tellement inaudibles en grommelant qu’on est obligé de tendre l’oreille, non, l’ouïe, car les poussins n’ont pas d’oreilles, seulement des petits trous à l’intérieur des plumes pour entendre !
- Une vie sans souci, lui répondait-on, à boire, à manger, de temps en temps une petite séance de cinéma pour le distraire.
- Ca, ça, ça, ça…vaut bien la peine de se casser la nénette ! disait grand-pa en poussant son cri. Pourriez vous creuser votre cervelle ? Et la notion du risque, alors ? Et le chien ? Comment allez-vous terminer l’histoire ?
 
 
Et bien le chien un jour de promenade emmena l’enfant au bord du poulailler. L’enfant était émerveillé de la myriade de petits poussins - on dit myriade pour des milles, et des milles, plus que tes deux mains ! L’enfant en prit plusieurs entre ses mains, en particulier, vous savez qui ? Notre jaune coquin. L’enfant demanda la permission à sa mère de l’ emporter. Chez les humains, il y a aussi des mères et des pères qui éduquent les petits. Ils les élèvent pour devenir grands comme eux. Parfois ils leur montrent les mauvaises choses de la vie, les disputes par exemple, les cris, mais aussi les plaisirs, les sourires. Aussi l’enfant devait-il demander la permission pour obéir et apprendre de ses parents.
 
 
Il emporta le jaune poussin à l’école où le maître avait donné une leçon sur la nature et les animaux. Ensuite il l’emporta sur son cœur, tout fluet, tout mignon, pendant des heures pour lui montrer combien il l’aimait. Ainsi font les mamans avec leurs bébés, cela les empêche d’être malade. Parfois il lui faisait boire de l’eau pour sa santé : les poussins, au contraire des game - boys et autres jeux électroniques ont besoin qu’on s’occupe d’eux régulièrement, et cela montre à l’enfant combien il est utile ! 
 
Pour terminer, l’enfant lui construisit un nid dans le jardin. De là, il pouvait regarder la lune miroiter et de temps en temps penser à sa maman qui lui envoyait des cartes postales. Dans ce nid là, il pourrait inviter ses amis. Parfois, il inviterait son papa aussi, le coq du poulailler, mais pas souvent, parce - qu’il avait beaucoup de travail !

Grand – pa avait l’air déçu, mais sage, il répliqua : « puisque les temps ont changés, je suis d’accord pour la fin de l’histoire ». Et il tourna les ergots.
Par Les Maries
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 22 janvier 2008
grenouille.JPG  
FLOP !… Le jardin
 
FLOP a plongé
Dans un trou noir.
Elle ouvre les yeux tout grands
Et hume l’air de ses narines.
Un filet de vent la conduit vers la sortie.
 
FLOP, elle le suit !
 
Toute étourdie,
Elle se trouve dans le jardin.
Quelle drôle de sensation !
Elle respire, profondément.
L’air est doux
Entre les feuilles.
Elle se promène, FLIP, FLOP
À petits bonds.
 
Dans le feuillage, des animaux la regardent :
Des papillons, des libellules,…
Et aussi un limaçon.
 
BLLAOUP !
C’est plus fort qu’elle :
Sa langue happe la limace
Elle en a fait son déjeuner !
Bien rassasiée
Elle s’endort
Auprès d’un potiron
 
Quand elle s’éveille
Elle croasse,
CRÔA, CRÔA, CRÔA,
Son cri s’étend, prend toute la place
Dans le jardin
Les animaux lui sourient.
 
FLOP, elle saute !
Un caillou par çi, un haricot par là,
Une salade
Elle explore le potager
Et grignote de tous les côtés
 
MMH !
BÊERK !
Elle fait ses expériences.
 
La nuit tombe.
Elle s’endort,
Bien au chaud dans le compost.
Dans son rêve,
Les têtards
Sautent la barrière, avec elle
Au bout du jardin.
 
Quand le soleil se lève
Tous les animaux
Chantent en chœur :
BLIP, BLOP, les têtards
CRÔA, CRÔA, les grenouilles,
BZZ, BZZ, les mouches à caca,
Avec leurs grands yeux bleus
VRRH, VRRH, les libellules
Avec leurs grands yeux verts
 
Les limaces, elles, ne disent rien,
Mais font NON, NON !
Avec leurs antennes
« ON NE PEUT PAS Y TOUCHER ! »
 
 FLOP la grenouille est contente,
Elle rit !
En haut du verger
La pie blanche, ses ailes noires,
La regarde
De son œil rond.
 
Autour du potiron
Elle aperçoit en bas,
Tout un champ
De grenouilles vertes.
 
Conte pour grandir :
 
Après avoir quitté la mare, la petite grenouille découvre le jardin
Grandir, c’est explorer et découvrir les autres.
Pour deux à quatre ans.
 
 
Par Les Maries
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 19 janvier 2008
Quand je suis née, je croyais que j’arrivais dans une famille normale. Je ne savais pas que ma famille était très, très spéciale !
 
Ma maman me paraissait pareille à toutes les mamans, cependant je m’aperçus très tôt qu’elle avait un drôle de nez. Pas que ce membre fut bizarre, non, il était tout à fait acceptable ! Mais ce nez se transformait et l’entraînait à faire de drôles de choses
 
Parfois, quand nous allions promener au parc, dans ma poussette, je pouvais observer le monde.
Là, je vis pour la première fois ma mère se laisser mener par le bout du nez : elle se mettait à sentir une fleur, puis une autre fleur, puis encore une autre…et son nez s’allongeait, s’allongeait.
 
On aurait dit un papillon avec sa trompe !
 
Butinant de fleurs en fleurs, elle disparaissait de ma vue pendant longtemps. Si longtemps que les gens alertés par mes cris s’agglutinaient autour de moi. Ils me chantaient des chansons, me berçaient, me parlaient gentiment. Je finissais par me calmer.
 
Au bout d’un moment, maman revenait les cheveux ébouriffés. Son nez était redevenu normal.
 
Heureusement, elle revenait toujours !
 
Un peu plus tard, je m’aperçus aussi quema maman avait de drôles d’ yeux.
 
Une fois, pour mon goûter, elle me mit à table. Elle fit bouillir du lait, puis s’assit près de moi. J’étais bien contente, je gazouillais rien que pour elle. Mais tout à coup, ses yeux partirent ailleurs, j’avais bien vu que cela lui arrivait quelques fois. Dans ces moments là ses yeux, le blanc avec la perle de couleur, sortaient de son visage, s’envolaient dans les airs et disparaissaient.
 
Alors, le lait qui brûlait, et moi qui m’agitais, on n’eut plus d’importance !
 
Le lait sortit, sortit de sa casserole. D’abord les gouttes, toutes poisseuses, s’étalèrent sur la cuisinière, puis elles chauffèrent, s’enflammèrent, le feu prit aux rideaux… de la fumée remplit tout l’appartement. Je ne voyais plus maman.
 
Cela dura si longtemps que je criai de nouveau ! Cette fois, les voisins arrivèrent. Pas par la porte, maman l’avait fermée à clé pour les voleurs ! Ils arrivèrent par la fenêtre avec une grande échelle et les pompiers.
 
A ce moment, les yeux de maman réapparurent dans la pièce. Ils revenaient dans leurs orbites. Ma maman souriait aux gens pour leur dire merci de nous avoir sauvé.
 
Finalement, j’avais vu aussi que mamaman avait de drôles de bras.
 
Parfois, en marchant surtout dans les magasins, ses bras se mettaient à grandir, à grandir et à traîner partout. Et, pendant qu’elle avançait, ses mains ramassaient tout ce qu’elles trouvaient :
 
Un collier à deux carats
Une boite à tartine
Un sparadrap
Une jupe à élastique pour quand je serais grande
Un bouton doré,
Et même, une poubelle pour canari
 
On n’avait pas de canari !
 
Moi, je la suivais de loin en faisant mine de rien devant le drôle de regard de la caissière. Arrivée à la porte du magasin, tout redevenait normal, ma mère souriait au monsieur qui tenait la porte. Il la laissait passer avec tous ses paquets cachés. Nous rentrions à la maison.
 
Bien sûr je grandissais et la chambre de ma maman devenait trop petite pour mettre tous ces objets. Il en sortait de partout :
 
De dessous le lit
Du dessus des armoires,
Du cabinet de toilette
De derrière les coussins
 
Même que papa était parti pour laisser toute la place, en tous cas je le croyais. Mais maman souriait en me faisant sauter sur ses genoux, alors, je ne m’inquiétais pas trop.
 
Le jour arriva où elle me mit à la grande école. Et là, ce fut le pire ! Maman qui était très émue avait tout sorti : son drôle de nez, ses drôles de bras, ses drôles d’ yeux. Au bout d’une semaine, j’étais gênée, j’avais compris que les autres parents n’étaient pas comme elle ! Je lui demandai de faire un effort, de tout rentrer dans son corps, et d’être plus attentive.
 
Elle rentra tout le premier matin, et aussi le premier soir, mais le lendemain, ça recommençait :
 
C’était plus fort qu’elle !
 
Alors, j’en parlai à la dame de l’école. Elle connaissait ma maman depuis qu’elle était toute petite. Elle donnait de précieux conseils.
J’en parlai aux gens du parc.
J’en parlai aux voisins.
J’en parlai aux pompiers,
Tous ces gens étaient super - compréhensifs.
J’en parlai même au monsieur qui tenait la porte du magasin, et parfois, ce monsieur rattrapait les objets envolés dans la manche de ma maman, lorsque les bras avaient rapetissé. Et ma mère riait, car cela la chatouillait. Je crois que cela lui faisait du bien qu’on s’occupe d’elle.
 
Ainsi, la chambre était redevenue assez grande pour nous tous. Mon papa revenu, le chat et moi, on pouvait à nouveau sauter sur le lit pour s’amuser.
 
Aujourd’hui, tous les gens à qui j’ai parlé nous sourient en nous regardant passer. Parfois, l’un d’eux me fait un … drôle de clin d’œil !
 
Maman sera toujours ma maman, cela je le sais. Et même si elle n’est pas guérie, j’ai compris que je n’y suis pour rien et qu’il vaut mieux en parler autour de moi. Comme les gens, j’apprends à l’accepter telle qu’elle est ! Et surtout, je lui dis souvent, dès que l’envie me prend, ce petit secret dans le creux de son oreille :
 
« Tu es ma maman que j’aime »
 
                                      Marie Eve Mespouille
Janvier 2007
 
Présentation : 
 
Ce conte offre l’occasion aux enfants de comprendre que les parents ne sont pas parfaits, certains sont mêmes bizarres. 

Une maman très différente des autres gens : son nez s’allonge à la moindre occasion, ses bras grandissent pendant que ses mains volent tout ce qui traîne, ses yeux s’absentent anormalement, laissant l’enfant seul avec ses émotions : que faire ? 

Pour apprendre à reconnaître ce qu’il vit dans une situation inhabituelle,  Un petit livre pour avoir un autre regard sur les gens et leurs difficultés.
 
Mots-clés :
 
Enfant, parent, relation parent - enfant, maman, fillette
Anormalité, négligence, amour, parole, guérison,
Séparation, différence, danger, tristesse, grandir,
Handicap, regard d’autrui, maladie
Emotion, honte, gêne, compréhension, solidarité
Par Les Maries
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Vendredi 18 janvier 2008


Dans l’étang,
Un têtard est né.
Il s’est transformé
En GRENOUILLE.

La grenouille s’est assise
Sur une feuille de nénuphar
D’où elle peut voir
Ses frères les têtards.

Quand elle a bien regardé
Elle décide d’aller
Vers un autre lieu.
Elle prend son élan,
Replie ses pattes très fort,
Comme un ressort,
Fixe l’endroit où elle va,
Et…FLOP !
Ses pattes la poussent
Très loin dans l’air.
Elle vole !
Et …PLOUF !
Elle tombe dans la mare.

Dans l’eau douce, FLIP et FLIP !
Ses pattes nagent
Elle fait la brasse
Pendant que les têtards la regardent.

Et BLIP, BLOP !
Elle grimpe sur une feuille
S’assit dessus
Et fixe un autre endroit.
Et …FLOP !
Ses pattes la poussent
À nouveau dans l’air
Elle rebondit
Sur une autre feuille.

Elle s’assoit dessus
Plie ses pattes,
Regarde au loin
De l’autre côté du jardin
Derrière l’herbe
Et les roseaux tendus.
Et …FLOP !
Elle disparaît.

Les têtards restent et nagent
Partout dans la mare.

Par Marie-Eve Mespouille.
Par Les Maries
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus