Partager l'article ! Prises au net ! conte pour ados: Betim rentra dans la chambre de sa sœur sans frapper. Il l’apostropha :- &n ...
Betim rentra dans la chambre de sa sœur sans frapper. Il l’apostropha :
-
Et, Carina, tu viens jouer avec moi ?
-
Non, je suis occupée, répondit la fillette. Et j’te rappelle, tu frappes à la porte quand tu
entres !Betim tourna dans la chambre, passa ses pieds par-dessus les coussins, essuya ses
talons sur la moquette, renifla les objets sur la table de nuit, une assiette à encens, une chicha avec son embout, des cartes postales
prévention-sida, s’assit sur le fauteuil pivotant, les talons sous lui, et s’apprêta à saisir le GSM posé sur l’oreiller.
-
Touche pas à ça ! rugit l’adolescente qui bondit hors de sa chaise, attablée à l’ordinateur allumé,
attrapa au vol le GSM que Betim fourrait dans sa poche.
-
Sors de ma chambre ! rugit-elle encore, puis, comme son frère ne bougeait pas, elle le saisit par sa
capuche, tira de toutes ses forces pour le décoller du dossier où Betim s’était enfoncé comme une vis dans un panneau de bois. Elle lui donna une secousse si franche qu’il faillit perdre
l’équilibre sur le tapis. Dans son élan, elle le boutait presque hors de sa chambre quand Betim, calant son pied contre le chambranle retint la porte
qu’elle rabattait sur lui. Un pied dehors, l’autre dedans, il lança, à tout hasard :
-
Je vais le dire aux parents que tu chates avec des inconnus.
Carina surprise par cette remarque mi-aigre suspendit un instant sa pression contre la porte, fixa son frère bien en
face, elle avait tout de même une tête de plus que lui, et lui dit :
-
T’as rien vu !
-
Si, répondit Betim bravement, et puis d’abord, c’est qui « p’tit loup » ?
Carina pensait que Betim faisait référence à la bande de la piscine. Il les avait vus, la semaine dernière,
fumer en cachette derrière les vestiaires, alors qu’avec sa classe, il y rentrait pour l’heure de sport. Elle était repartie, fièrement, en
faisant semblant de ne pas le voir, mais il avait bien vu qu’elle l’avait remarqué. Elle savait qu’elle devait se méfier de lui ; celui-là, s’il cafetait, la bande et elle, ils l’auraient
sur le dos ! Aussi répondit-elle avec une pointe d’énigme dans la voix, dans le but de détourner les
soupçons :
-
Ça ne te regarde pas !
-
C’est qui ? insista Betim, si tu ne me le dis pas, je l’dirai aux parents ; je parie que c’est le
cousin d’Alicia, Karim, il est rouge de toi, même qu’il a failli s’étrangler dans son assiette à la cantine, quand tu es passée avec Blandine pour le repas.
Carine se sentait vexée que son frère l’accuse de séduire des petits de dix ans. Aussi affirma-t-elle, d’un ton sans
réplique :
-
P’tit loup, c’est un grand !
-
Un grand, continuait son frère, un grand de quel âge ?
-
Un grand, je ne sais pas, moi, un grand de vingt ans. Et tu ne le connais pas, ajouta-telle espérant clore la
discussion, il est plus au lycée !
-
Un grand, et comment tu le connais ? dit Betim en relâchant la poignée de la porte, pendant que sa sœur
fouillait dans son armoire à bonbons.
-
Par internet, c’est Blandine qui lui a parlé de moi, alors, on a sympathisé, ajouta l’adolescente. Et, comme
son frère avait l’air de s’incruster, elle lui tendit le sachet de carambars.
-
Tiens, si je te donne ça, tu files de ma chambre ?
Betim prit deux, puis trois carambars qu’il déplia aussitôt en s’en allant vers le couloir. Pendant qu’elle l’écoutait
descendre l’escalier, elle se remit devant son PC, ouvrit l’image sur MSN et répondit à la question posée à l’écran (*):
-
E alor, TT
ou ? *j tattn com 1 fou, sui ding dtoi
-
C r1, c juste mn tit frèr, il es vnu ds ma chambr pr joué, ms jlai rembalé . tp nul mn frèr, pa méchan, ms ya ds jour,
tcompren ?
-
A mouai, te compren,
ta b1 fai alor. on en éT ou ?
-
Ben jte dmandai stavai
1 copine?
-
Mouai ms on a rompu. msentai pa prè, pui,ele é T tp timid,
tvoi ?
-
Tla rencontré cmt ?
-
Ben, com toi
-
Tla dja vue en vrai ?
-
Oui qq x … et twa t
timid ?
-
Sa dépen…kèce tveu dir
par la ?
-
Tpourai mdonné 1 tof de twa ? sa mdonerai 1 i D.
-
Dabor twa, aprè, jverai
-
Dac !
Carina hésita ; elle se sentait flattée qu’un grand lui demande sa photo. Pourtant, elle ne lui avait pas caché son
âge, douze ans. Lui devait en avoir dix-huit, il avait quitté le secondaire l’année dernière. Effectivement, la photo qu’il lui transmit montrait un jeune homme pas trop balaise, à peu près de
cet âge. Tiens, il portait un collier très fin sur le menton. C’est vrai, comme avait dit Blandine, qu’il ressemblait à Di Caprio. Et maintenant,
qu’est ce que Blandine allait penser si elle se débinait ? Elle lui avait tellement parlé de lui. Réfléchissant à la tof sur laquelle elle ne se trouvait pas trop moche, elle parcourut les
photos des dernières vacances avec son père. Il y en avait deux, tirées du lot, qui lui souriaient. Celle-ci, plus spécialement, avec sa frange, ses cheveux ondulés tombant sur le décolleté de
son bikini ultra mini ne lui déplaisait pas trop. Cela alla très vite ; elle cliqua dessus. A la question « êtes-vous sûre de détenir les droits de propriété sur la photo que vous allez
envoyer ? », elle se ravisa, choisit la seconde, où un sein dépassait du drap éponge, cliqua à nouveau, tremblante. De l’autre côté de l’écran, le grand répondit
rapidement :
-
Waw, super, tfai + que tn age ! ten a av ta
copine ?
La réponse lui plut, elle écrivit :
-
Atten, jdoi
cherché
Cela lui laissait le temps de vérifier qu’en bas, au rez de chaussée, tout
était calme. Elle se pencha sur la rampe, jeta un œil vers le salon ; Betim s’était affalé devant le téléviseur, et, dans la cour, on entendait
la tondeuse du chien : sa mère avait commencé la toilette de Médor. Elle disposait au moins d’un quart d’heure. Elle alluma la web-cam, fit quelques réglages en hauteur, se regarda se
déshabiller lentement devant l’écran, cette fois, elle entendit la voix sortir du combiné :
-
Pa mal, super sexy, j’suis aux
anges.
C’était la voix d’un homme, la trentaine, au moins. Vite, elle coupa
tout.
Le lendemain, à l’école, elle surprit des grands en conversation, l’air goguenard. A
son approche, ils la fixèrent silencieusement ; elle crut même entendre, mais elle n’en était pas
sûre: « T’as vu, la putain ! » Elle s’avança, baissant les yeux. Blandine accourut, la saisit par le coude et lui dit :
-
C’est de la folie, sur internet, j’ai reçu plein de messages ! ça débordait de partout. Mes parents me
sont tombés dessus. Ils sont furax. Ils vont prévenir tes parents.
(*)Traduction :
- Et alors, t’étais où ? J’t’attends comme un fou, j’suis dingue de toi !
- Rien, c’est juste mon petit frère, il est venu dans ma chambre pour jouer, mais je l’ai remballé. Trop nul, mon frère, l’est pas méchant, mais, y’a des jours, tu comprends ?
- Ah, Mwouais, j’te comprends, t’as bien fait alors. On en était où ?
- Ben, j’te demandais si t’avais une copine ?
- Mwouais, mais on a rompu. j’me sentais pas prêt, et puis, elle était trop timide, tu vois ?
- Tu l’as rencontré comment ?
- Par internet.
- Et tu l’as vue, en vrai ?
- Mouais, quelques fois ; et toi, t’es timide ?
- Ça dépend…ce que tu veux dire par là ?
- Tu pourrais me donner une photo de toi ? ça m’donnerait une idée.
- D’abord toi, et après, je verrai
- D’acc !
- Waouh, super, tu fais plus que ton âge. T’en as avec ta copine ?
- Attends, je dois chercher
- Pas mal, super sexy, j’suis aux anges
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