Elle s’est réveillée, toute frêle et pfuiiiit ! elle s’est mise à ramper, ramper, ramper… Arpentant le paysage nu de l’aurore, elle me parait bien vaillante quand, de loin, la mésange virevolte au dessus d’elle. Prête à l’attraper. Leste, la chenille se fond dans l’aube, rapide comme l’éclair, passant de branche en branche, de brindille en brindille, elle mime, preste, ici un rameau, là un branchage. La mésange, elle, saute de place en place, prête à l’avaler. La nature est bien faite et la chenille a pris quelques longueurs d’avance. Son dos se bombe, puis se détend, au rythme de ses mouvements. Cela fait frrrit, frrrit sur le support. Pour avancer, elle lance ses pattes d’avant en arrière, sa tête suivant avec grâce les ondulations de son postérieur.
Quelle jolie mésange, qui du bec, qui des ongles, frétille dans le joli vent. La vois-tu dans le ciel tendre, ennuagé ? De sa langue elle pousse ici un grain, là un bourgeon à peine éclos, quelle beauté, un bouton encore humide de rosée ou peut-être de sève cachée dans ses canaux de liber…Tin ! fait le pic vert jaloux de sa randonnée. Il pique et pêche dans le gras de l’écorce, recherchant au fond de la ramure sa pitance. Tin ! voilà un rival, se dit la mésange innocente, on verra bien quel ver moulu sortira de la danse. Elle se dandine encore, répétant à dessein les gestes saccadés de sa chorégraphie.
Pendant que la chenille frétille, passant ici du rouge au vert, là du jaune à l’ocre, couleur chair, en symbiose, la mésange saute et bondit, cherchant dans le printemps quelques airs…guillerets. Elle donne à la chenille tout le temps de grandir. Celle-ci explore, et contemple, en pamoison, l’environnement, s’arrêtant au passage pour happer quelques brins d’oxygène ou profiter de l’humidité ambiante... ce qui, par capillarité, la fait gonfler d’avantage. Fière, sans se douter de ce qui l’attend peut-être, elle se rengorge.
La suite ? Imaginez deux hypothèses !
La première : la mésange, trompée par la capacité de camouflage de la chenille – au repos, on ne devine pas sa présence - est lasse d’attendre et s’envole vers d’autres cieux. La nuit arrive, la larve s’endort dans un cocon tout sec. Passablement frustrée, elle hiberne jusqu’à la bonne saison où elle deviendra papillon. La mésange, et ses petits attendront leur festin, au pire, ils mourront de faim.
Conséquence de la première hypothèse : un peu plus tard, la chenille déploiera ses ailes, pondra un œuf, et le cycle pourra recommencer…si la mésange vit encore.
Seconde hypothèse : la mésange, par hasard, trouve la chenille et l’emporte dans son nid. La chenille se laisse bouffer par la mésange qui la bâfre avec délice, pour ne pas dire prématurément.
Conséquence de ce postulat : les oisillons gras et dodus finiront par s’envoler à leur tour.
Autre possibilité : il ne se passe rien, c’est le calme plat.
Morale de cette histoire épicurienne : Si vous êtes du style mésange, soyez attentifs aux petites chenilles qui s’avancent à l’aube. Statistiquement, c’est le moment où elles sortent le plus.
Si vous êtes du type chenille, je n’ai qu’un conseil… laisser vous happer par le destin, et profitez bien des doux moments qui vous sont donnés…
M-E, 15/05/2009
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