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Mardi 14 avril 2009

Dans le lit, déjà, je ne supporte pas que mon aimé sorte un pied de la couette  - « pour se ventiler » m’avoue-t-il -  cela me met dans des états épouvantables. Au milieu de la nuit, je me surprends, assise, agitée, à redresser la couverture autour de NOS jambes. J’enroule NOS bustes autour de nous avec le drap ; je tisse, telle la chenille  son fil de soie. Tous les deux, bien serrés, nous ne faisons plus qu’UN.  Notre couchage ressemble à un cocon douillet ; une toile d’araignée autour d’une mouche ; un sac de marin contenant  ses objets. Dix minutes après, il recommence ; il ressort un pied, ou un bras, selon, du couchage et cela me remet en colère. C’est le syndrome de la couette. Dans le cocon, nous sommes des jumeaux, bien unis, bien serrés, dans le ventre de la mère. L’un de nous en sort, c’est le drame, surtout pour moi. Lui, n’a sans doute pas le même vécu.

Mais cette nuit, c’était très particulier.

D’abord, il faisait un froid de canard dans la chambre. Le printemps arrivant, il fallait bien prendre l’air. Nous laissâmes donc la fenêtre ouverte sur le petit jour, ce qui nous permettrait aussi d’entendre les oiseaux au réveil…

Donc, j’avais froid ! Je vous raconte pas.

Je passe la nuit à me coller à son corps, tout chaud, vous n’en doutez pas…

Voilà le petit matin, j’ai beau vouloir le coller, il recule de plus en plus…Dans mon demi sommeil, je tâtonne, je pousse mes pieds un peu plus loin, je cherche…Mon double, mon âme sœur, l’amour de ma vie s’échappe toujours de quelques centimètres. Bientôt il ne sera plus qu’un souvenir.

Heureusement, le réveil sonne ! Mmhhhh !

Le meilleur moment pour le poursuivre encore, et encore, toujours un peu plus près. Vous savez, dans ces cas là, tous les arguments pour rester au lit sont bons. J’en use et en abuse donc, utilisant ce dont dame nature m’a pourvue généreusement… Refaisant de la couette un double nid douillet, je nous borde, lui, du côté gauche, moi, du côté droit, parfois l’inverse…jusqu’à ce que nos corps ne fassent plus qu’UN. Une momie à quatre jambes et quatre bras, cela nous joue une symphonie … plus tiède, ininterrompue ?  Il ronronne vite dans mon cou, je sens son souffle chaud contre ma nuque. Contre le temps qui passe et la pression du travail, je crois que j’ai gagné…Je savoure donc les instants de répit qui me sont donnés. Je m’endors, paisible. Après tout, il n’est que six heures du matin ; trop tôt pour se lever !

Dans un coma hypnotique, j’entends qu’il appelle le chien. Chercherait-il à se faire remplacer ? Entendrais-je le feutre de ses savates dans l’escalier ? Bien qu’il ne veuille porter que des espadrilles, l’ouïrais-je clairement ? Non, ce doit être le vent du nord qui souffle dans le toit. Encore un peu nous deux dans ce cocon, j’hiberne. C’est si bon.

Soudain, je pressens un vol d’oiseau furtif par-dessus mes épaules tournées vers le mur. Un courant d’air. Brrr… !  Le froid s’introduit SUBREPTICEMENT. Un filet d’onde pure à travers l’édredon… Je le soupçonne de trahison. Ma main tâte à travers le duvet un espace qui se vide. Je tâte un peu plus, mes pieds s’y mettent aussi. A tâtons, dans la tiédeur et l’obscurité du molleton, mes membres et moi, nous nous  y prenons à plusieurs reprises, RIEN !

Je tourne mon corps vers la fenêtre et mon double qui devrait s’y encadrer, RIEN !

Je tends ma gorge, mon être en pamoison vers la lumière, RIEN !

Il va bien falloir que tu ouvres les yeux, ma vieille ! Et ce soleil ébloui du petit matin qui avance : en janvier le pas d’une oie, en février, je ne sais plus quoi, mais en avril…la lumière filtre…malgré mes paupières toujours fermées. Allez, décolle tes cils…à la une….à la deux….Ouvrez les pertuis !  Pfuit !!! Je l’savais…

Mon aimé a disparu !

Levé, perdu… lost, disappeared !  Shit, il m’a EU (dans ce cas là, c’est le masculin qui l’emporte) !

En bas, mes pieds nus me guident vers l’escalier, j’attrape la rampe ; décidemment, tout nous sépare.

Mes narines s’entrouvrent, elles aussi. Dans l’air, je perçois…  entre l’ « Eau-de-Charly » de mon aimé et les effluves de sa douche matinale…Une bonne odeur de café.

Par eclaireusesdevies - Publié dans : familles - Communauté : les auto-édités
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