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Jeudi 5 février 2009

-              Mamita ?

-              Quoi ?

-              Mmh…

Ça commence toujours comme ça, se dit Mamita, avec Tom c’était déjà pareil. Il suffisait que je sois dans ma cuisine pour que les questions importantes émergent !

-              Quoi donc ?

-              Mamita ?

-              Oui ?

Nini s’est plantée face au réchaud où je m’attelle à préparer le souper, le point sur la hanche, remontant de temps à autre sa frange foncée qui couvre son visage.  Au ton précis adopté dans la façon de dire « Mamita » suivi des points de suspension, je devine une question, comment dirais-je, existentielle. Avez-vous remarqué que la cuisine,  la salle de bain, ou la voiture, endroits cocoon et chauds s’il en est, se prêtent souvent à la confidence ? Nini attend manifestement que j’arrête mon activité la question doit être intime, pas trop quand même, elle m’aide à sortir les casseroles du feu.

-              Mamita, c’est quoi les règles ?

-             

Ah, la voilà donc, la question existentielle. Je vois Tom s’éclipser derrière son journal, et, au tremblement du papier, je suspecte qu’il tend l’oreille, ses yeux rivés sur l’encre des lettres imprimées. Pas très concentré, le Tom !

-              Je t’ai déjà expliqué, Nini, c’est quand  l’ovule qui n’a pas été fécondé meurt, et qu’il est expulsé avec tout le nid préparé pour lui dans l’utérus. Alors, les règles apparaissent. C’est un phénomène NORMAL et ça se passe à peu près tous les vingt huit jours.

-              Oui, mais…Nini hésite.

Sa question me laisse le temps de récupérer mes esprits. Certes, cette première réponse jetée entre une carotte râpée et un touillage dans la casserole me laisse perplexe, moi aussi. Je réponds à tout hasard :

-              Oui, mais quoi ?

-              Comment est ce qu’on sait quand ça arrive ?

Je sens que ma réponse doit être concrète. Je sens aussi qu’il va falloir que j’arrête ma soupe. Je lui rétorque un peu crûment, je l’admets:

-              Quand on a du sang dans la culotte !

-              Beurk !

Ma Nini un peu surprise feint  une légère indignation. Comme si Elvina ne lui avait jamais expliqué les choses de la vie. Et Tom, toujours derrière son journal qui tressaute. Il doit se dire que ce sont des histoires à expliquer entre femmes. Il n’a pas tort. Nini ayant perçu mon regard vers son père, se met à chuchoter, gênée.

-              Ne crie pas si fort, papa va entendre

-              Papa, papa, mais il n’y a pas de secret avec ça, papa est au courant. Il a été marié, que je sache et avec ta maman, qui plus est. Et de plus, ces choses là, concernent  aussi bien les femmes que les garçons.

-              Oui mais, tais- toi, il va savoir !

-              Qu’est ce qu’il va savoir, ma pitchounette ?

-              Rien, oh, et puis zut !

D’accord, je n’y vais pas de main morte, mais après tout, je n’ai pas fait partie du M.L.F. (Mouvement de libération de la femme) pendant trente ans sans qu’il n’en reste quelques idéologies féministes : les hommes aussi doivent être au courant, non ?  Néanmoins, voyant Nini embarrassée, je m’assieds à la table et tapotant du revers de la main la chaise en face de moi, je l’invite à faire de même.

-              Ta question, ma petite Nini ?

-              Est-ce que c’est toujours comme ça ?

-              Quoi ?

-              Le sang dans la culotte ?

-              Non, quand ça arrive régulièrement, ce n’est plus dans la culotte, mais dans une serviette hygiénique, que le sang tombe, lance-je en boutade.

La conversation décidément prend un tour qui me plaît et je vois que Nini prend plaisir également à la réponse, un sourire humoristique illumine son visage. J’ajoute :

-              On met une serviette ou un tampon, et on le change régulièrement, pour être à l’aise, tu as déjà vu les publicités ?

-              Oui, mais, quand il n’y a pas de sang ?

-              Comment cela, quand il n’y a pas de sang ?

-              Oui, est-ce que ça pourrait être autre chose que du sang ?

-              D’accord, je vois de quoi tu veux parler. Quelque chose qui ne soit pas rouge, par exemple ?

-              Oui, c’est cela ?

-              De deux choses l’une, là-dessus, je prends ma voix de scientifique :  Soit le vagin secrète un petit liquide transparent, légèrement  blanchâtre qui s’écoule par l’orifice de la vulve par moment en petite quantité, parfois, en plus grosse quantité, on appelle cela les pertes blanches.

-              Elles apparaissent  - là je me tourne ostensiblement vers son père affalé de soubresauts de rires dans son fauteuil-  au début de la puberté, soit entre dix et onze ans, parfois beaucoup plus tôt, parfois beaucoup plus tard, lorsque les hormones commencent  leur travail chez les jeunes filles. Tu sais que les hormones naturelles préparent le corps à l’adolescence, qui consiste à faire de vous, les enfants, des adultes ?

-              Mamita, ne crie pas si fort, tout le monde va savoir.

-              Mais y-a pas de mal, ma pitchounette, y-a pas de mal à dire ce que fait la nature !  D’ailleurs, ça intéresse beaucoup ton père, là bas, derrière son journal. De toute façon, il est au courant, ton père, c’est nous qui lui avons expliqué, Papy Charly et moi-même, quand ton papa avait ton âge. Quel mal y a-t-il à le lui répéter. Hein, Tom, que ça t’intéresse ?

-              Oui, beaucoup, réussit à murmurer Tom par-dessus ses News.

-              Ça l’intéresse aussi fort que de savoir ce qui se passe avec le Zizi, ma pitchounette, ce n’est pas vrai, Tom ?

-              Oui, le zizi également mais je vois que tu expliques très bien, Mamita, je te laisse faire, répond mon fils encore plus rouge que ma petite fille.

Nini est passée à la résistance, elle lance, en hurlant presque

-              Mamitaaaaaa !

-              Je n’ai pas fini de vous expliquer… Soit, de deux choses l’autre : Le vagin laisse passer de petites pertes brunâtres qui viennent de l’utérus, ces pertes deviennent roses, puis progressivement rouges. Celles-ci s’écoulent en effet en fin de cycle, comme je l’ai dit tout à l’heure, à la fin du mois de la femme, ou de la jeune fille, et cette fois ci, on y est, ce sont les règles ! lui dis-je d’un air triomphant. Puis j’ajoute en sourdine, à l’attention de Tom :

-              On les appelle parfois par d’autres petits mots gentils, comme « les clottes », « les framboises » ou  « les ragnagnas » On dit alors « Elle a ses clottes » ou alors « elle a ses framboises » ou pire encore, l’expression « elle est de mauvaise humeur, c’est donc qu’elle a ses « périodes », phrase que je n’apprécie pas particulièrement. Cependant le mot scientifique des règles, c’est le terme « menstrues », en référence à la menstruation.

-              Mamitaaaaaa ! hurle Nini encore plus fort.

A présent, Tom nous a rejoint dans la cuisine, l’exposé à dû lui plaire, il a des larmes de plaisir dans les yeux et la voix qui chante.

-              Et quand ce sera ton tour, ma petite Nini, dit- il en prenant sa fille par les épaules, je serai vraiment très fier ! Ça voudra dire qu’un jour je serai grand-père !

-              Papaaaaa, Mamitaaaa, arrêtez! Nini, se bouchant les oreilles s’enfuit dans la salle de bain. « D’ailleurs, je vais prendre mon bain ! » rajoute-t-elle pendant que Tom et moi continuons la conversation.

-              « Menstruation » dans lequel on retrouve le mot « mensis », qui veut dire le mois ! « Mensis » s’étant transformé dans le nouveau mot « menstruation », pour marquer le mouvement, l’évolution. C’est tout de même plus beau que « périodes » ou que règles,  tu en conviens?

-              Ou que masturbation !!! rajoute Tom devenu espiègle

-              Oh Tom, une leçon à la fois, je te prie, dis-je amusée, sentant  à mon tour mes joues s’échauffer lorsque Nini passe la tête par la porte de la salle de bain.

-               Mamita ?

-              Oui ?

-              Tu veux bien venir une minute dans la salle de bain s’il te plaît ?

-              Vas-y, Tom, je suis occupée avec la soupe !

-              Non, pas papa, toi seulement, c’est pour quelque chose de personnel.

-              Tom, tu veux bien t’occuper du souper, j’arrive ? Les pieds dans la salle d’eau, j’aperçois Nini, drapée dignement dans une serviette de bain. Elle referme la porte subrepticement  juste derrière moi.

-              Mamita !

-              Quoi ?

-              Je crois bien que j’ai besoin de serviettes hygiéniques !

Marie Roupsinsky, fevrier 2009

Par eclaireusesdevies - Publié dans : familles - Communauté : les auto-édités
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