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Mercredi 7 janvier 2009

13 heures précises lorsque Marie et moi débarquons au 246 de la rue XY à Liège. Dehors, il fait un froid de canard, et nos muscles tendus n’aspirent qu’à un peu de chaleur et de détente. Notre hôtesse, réagissant au quart de sonnette nous ouvre, accueillante, le sourire au visage. L’entrée donne sur un petit salon clair, tranché de couleurs vives : fauteuil d’osier, Boudha-fontaine et tapis en paille de riz nous invitent déjà à une pause agréable et saine. Le contrat de soin étant posé - un Hammam pour deux personnes- nous passons tout de suite dans les pièces à l’arrière, une salle spacieuse, ce qu’on peut appeler la « salle de soin à sec » s’illumine sur la gauche. Cocoon et feutrée, l’ambiance  style luminothérapie nous invite au débarras de nos couches superficielles. Nous passons, l’une la tenue d’Eve, l’autre un string, « C’est comme chacun le souhaite ! » nous rassure N. H., dans le plus grand respect.

Ayant vérifié dans « la salle d’eau »  les derniers détails, elle nous invite alors à pénétrer dans la pièce éclairée délicatement pour le soin : bougies à même le sol et sur une étagère, radiateur diffusant une chaleur agréablement adéquate. Des pots de terre et bassines chuintent sous les jets d’eau bouillante préparée pour la circonstance. Nous nous allongeons sur nos tapis mouillés et un bouquet de lavande capte mon regard au dessus de moi m’aidant  à me relâcher pour recevoir les premières onctions de la main même de notre thérapeute.

Alors commence le rituel. Munie de cuvettes en céramique légère remplies d’eau douce et délicieusement à température, N.H. nous rince abondamment des pieds à la tête, par larges lampées. Elle nous partage ensuite une grosse motte de savon noir traité à l’orientale, c'est-à-dire, parfumé aux herbes  et aromates marocaines dont elle a le secret, que nous étalons sur le devant du corps, épaules, poitrine, ventre, membres inférieurs et supérieurs . « Je me charge du dos » nous rassure t’elle, nous invitant au lâcher –prise .Pendant que la peau absorbe lentement la matière onctueuse, nous nous allongeons sur le ventre, et N.H. remplit à nouveau les cuvettes et ustensiles  à la juste température. Installées sur nos coussinets de mousse, nous subissons ses mouvements amples, rythmés, d’étalement de la matière. Ne voyant pas cette partie du corps, nous sommes plongées dans l’exquise sensation de découverte par le toucher, et des images commencent à se former. Subrepticement, mais fermement, s’installe alors un plus profond lâcher –prise.

Par moment, les mots affleurent encore, et Marie et moi, intarissables bavardes, nous échangeons nos impressions. Le mental continue son activité de contrôle…

Les clapotis de l’eau, versée à nouveau par larges ondées nous entraîne alors vers une détente plus profonde. Nous revenons en décubitus. Je m’attache à visualiser les détails de la décoration pendant que ma partenaire de Hammam s’apprête à recevoir le gant de crin pour un décrassage total, physique et mental. Il s’agit de décoller les toxines. L’odeur d’eucalyptus et d’orange dilate et décongestionne mes narines.

A mon tour, je reçois le gant et son massage détoxifiant. Ma peau, mais aussi mon âme vibre sous la main tout à tour ferme, souple, attentive mais aussi douce, presque tendre de N.H., selon les endroits qui sont ainsi drainés, frictionnés, nettoyés en surface comme en profondeur.

Nous avons l’impression que ce sont des mois de toxines qui sont ainsi élagués, dissouts, éliminés, avec les soucis et les mauvais traitements alimentaires et autres qui leur ont donné naissance.  L’impression d’être là au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes...

L’eau chaude nous accompagne à nouveau dans la détente. Cela ressemble à des ablutions. Nous émergeons chacune sur notre île déserte, comme dans un nouveau monde. « Je me sens terriblement vivante », me susurre Marie qui n’en perd pas une miette.

Alors commence le rituel avec le Rassoul. Le mélange de terre et d’herbes aromatiques - ce jour là, curcuma, cannelle et clous de girofle- nous invite à un voyage aux confins de la  terre. Cela commence par un plané au dessus de la Grèce, un survol au dessus des pays Arabes, un passage par l’inde et les eaux du Gange, un tour au dessus de la mer morte et jusqu’au Balkan et ses sources d’eau chaude et un atterrissage dans le pays d’Egypte. J’ai l’impression de refaire à l’envers, la route des épices. C’est aussi ici que N.H. développe pour nous spécialement ses qualités thérapeutiques : touchant juste là où cela coince, appliquant ses techniques apprises pour le bien être du corps et de l’esprit, elle nous masse longuement, décollant des images directement venue de notre mémoire. Tour à tour lavandière mère-terre et prêtresse, N.H. continue son travail rythmé et respectueux. Insistant sur les zones douloureuses, appuyant maintenant de tout son poids. Elle fait glisser et arrache de notre substance corporelle les nœuds et tensions accumulées. Je visualise le draineur de coquillage qui désincruste le sable de ses filets et moi, sur le sable, je lâche mes dernières résistances.

Après ces dernières torsions, palpations, triturations au Rassoul parfumé, je me laisse dériver et ramener au rivage par la thérapeute. Ce massage restructurant me permet d’émerger, fraîche et pleine d’énergie à la fin de la séance.

Nous acceptons les derniers versements d’eau chaude qui mènent à l’égout les derniers débris de peau et de glaise, et la douche salutaire vient clôturer le rituel.

N.H. se met elle aussi au repos et nous invite à boire, peut être pas un thé, mais un verre d’eau.

Revenant vers la salle de devant, un mot d’accompagnement libre et le payement de la séance, il est déjà 16 heures,  achève la prise en charge, nous donnant envie de revenir.

Marie Roupsinsky, le 7/01/2009

Par Les Maries - Publié dans : Instantanés - Communauté : FLEUR DE LOTUS
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Commentaires

Superbe, j'y suis encore. Quels régals (le hammam, ton texte, les souvenirs et l'envie d'y retourner)! Merci d'avoir écrit ce moment délicieux. Marie
Commentaire n°1 posté par Marie Gillet le 07/01/2009 à 20h06
c'est quand que tu m'y emmenes?
Commentaire n°2 posté par she le 17/01/2009 à 10h18
dés que ta chambre est en ordre, pendant ...au moins 15 jours.
Réponse de eclaireusesdevies le 26/01/2009 à 17h48
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