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Edition jeunesse

Mercredi 18 juin 2008

 

Longtemps, mes parents m’avaient attendu, et enfin, j’étais né !

A la maternité, les gens étaient venus, pour me voir et nous féliciter :           

            Oncle André, avec son long nez,

            Tante Jeannine et son air de guigne

            Cousin Edmond et son gros menton,

            Sœur Marie – Merveille, avec ses grandes oreilles

            Bertha, la copine de Louloute, elle portait une moumoute,

            Qu’elle perdit en enlevant son chapeau, découvrant  son crâne tout rose.

Mais quand on m’avait vu, il y avait eu …un long silence.

Le bébé n’était pas comme on l’avait imaginé !

J’entendis, au dessus de mon berceau :

Quel drôle de bonhomme !

Mes parents étaient tellement contents de mon arrivée,

qu’ils me prenaient dans les bras, me câlinaient, me dorlotaient,

Ça me chatouillait si fort que j’ai même fait pipi en l’air .

Papa était très fier et avait pris la photo.

 

En grandissant, j’allai à l’école. La première fois, la maîtresse m’avait pris par la main, pour me présenter à la classe. Il y eut encore…un long silence, entrecoupé de chuchotements. Comme une vague d’abeilles, ils volaient de place en place.

Au dessus des bancs…j’entendais :

            BZZ…Z’avez vu ?

            Tu crois qu’il est gentil ?…            Poil au zizi !

            Il est moche !…            Poil à la caboche !

            J’m’ en fous !…            Poil au cou !

Je me sentais de nouveau…            un drôle de bonhomme

 

La maîtresse m’assit sur un banc, à côté de Dédée. Tout de suite je l’ai aimée. Avec ses tresses (africaines), Dédée est devenue mon amie.

 

Puis nous avons grandi, je suis passé « en secondaire ». Et là je vis pour la première fois :

des profs avec des mallettes,

de toutes sortes, de toutes les couleurs

des filles et des gars,

avec toutes sortes de têtes, ils grimpaient avec leurs drôles de jambes

Les couloirs et les étages de la grande école ;

J’avais un peu le vertige, mais quand on sonnait le début des cours, tout le monde se rangeait, en ordre, dans la cour, et chacun rentrait dans les classes :

            les profs avec leurs mallettes

            les filles avec leurs sucettes,

            les gars avec leurs casquettes,

            le pion avec son sifflet

Pendant que madame la préfète, et monsieur le directeur faisaient la causette

Avec la concierge.

 

A la recréation, chacun avait une place préférée. Au début, j’étais tout seul, avec ma tartine, je sentais le silence me gagner, je me sentais encore « tout drôle ». Alors, je regardais  attentivement les autres. Dans la masse, je distinguais des groupes, bien différents. En voyant les autres en mouvement, je trouvais qu’ils ressemblaient à des animaux, je voyais :

            des éléphants avec leur trompes

            des gazelles aux grandes oreilles,

            des colimaçons et leur dos tout rond

            un grand lion, la barbe au menton

Alors, je me suis senti beaucoup plus à l’aise, j’étais même content, je me suis levé pour aller jouer.

 

Je suis allé dans le groupe des éléphants, le premier jour. C’était gai, dans ce groupe :

on mangeait des chewing-gum à la menthe

on s’envoyait des pétards qui sentaient la flatte de grenouille

on arrosait les murs avec du jus de citron avec nos trompes.

 

Le deuxième jour, ce sont les gazelles qui m’ont invité. Là, il y avait beaucoup de filles, comme Dédée, en plus grande, alors :

            On papotait. On se donnait des rendez vous galants.

On jouait à maquillage et séduction. On lisait des revues.

On s’écoutait les unes les autres avec nos grandes oreilles.

 

Le troisième jour, j’étais fatigué, je suis allé glander avec les limaçons.

Avec eux, j’ai découvert mon côté étrange :

on marchait en traînant ses baskets,

on faisait des bruits bizarres,

des « Mwouais ! «  des « graves ! », des « pff !! », des « t’as vu ? »

des « super, celle-là !!! » et on pouffait en se tenant les côtes.

Ça me faisait du bien de rire, comme ça, avec tous les autres, je ne me sentais plus exclu.

 

Le reste de la semaine, j’ai côtoyé les grands avec leur barbe au menton.

ils m’ont pris comme mascotte, et là, surprise :

J’ai servi de gardien de but,

J’ai couru chercher les balles en dehors de la cour ;

Il y avait des filles, et même le pion, qui me regardaient faire le mur, avec un peu d’envie. J’ai servi de messager pour les billets doux.

 

Plus tard, j’étais encore plus content, j’avais accepté tous mes côtés étranges. Et comme je connaissais tout le monde, j’allais de groupes en groupes, avec les petits secrets.  Parfois une fille m’embrassait, pour me remercier. Ça me chatouillait si fort, dans mon cœur et dedans mon corps, que je ne savais plus qui j’étais. J’en ai rêvé plusieurs nuits, et alors, mes parents m’ont dit que j’étais normal : j’étais un adolescent, comme les autres !

 

Quand je suis parti pour la grande ville, avec mes diplômes sous le bras, tous mes amis m’ont écrit, et aussi mes parents, mais eux, c’était normal. J’ai compris que, même si j’étais si différent, tout le monde m’aimait. Alors je n’ai rien dit, mais dans mon cœur, j’étais très content.  J’ai enfilé ma robe d’avocat,  et je suis entré pour travailler. j’étais arrivé  à la cour des droits de l’homme…

par Les Maries publié dans : Contes à grandir communauté : les auto-édités
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Vendredi 23 mai 2008

Quatre heures séparent encore Oriane de la sortie des classes. Elle a du temps avant de reprendre les enfants à la garderie et décide de se vider la tête en marchant dans la ville. Des femmes avec leurs écoliers revenant pour l’heure de midi passent dans la rue juste devant elle. Ça sent la bonne soupe verte ; plus loin, des effluves de cuisine pimentée sortent des fenêtres au moment où elle s’avance le long des bâtiments.

 

Elle croise une femme enceinte dont la robe chamarrée fait plisser le ventre arrondi. Africaine ? Indienne ? Oriane ne saurait le dire, tout juste peut elle observer que le port du voile lui sied bien. Ses yeux fixés à hauteur du ventre de la jeune femme, Oriane se fait des réflexions incongrues : « Avec quel amour cet enfant à naître a-t-il été conçu ? ». « La fille a-t-elle été violentée ? » Elle aussi erre seule dans la ville et Oriane a cru capter un regard qui se dérobait, des yeux inquiets fixant une destination inconnue. « Après tout, l’enfant est peut-être le fruit d’un amour sincère ? »  Puis une autre pensée : « Les grands parents vont-ils aussi entourer l’enfant ? ». « Elle a l’air bien jeune, tout au plus dix-huit ou vingt ans ».  « Va-t-elle travailler ainsi ? »  Son ventre rebondi tressaute à chaque pas de ses sandalettes à talon dont la sangle est débridée à l’arrière. « Comment fait elle pour tenir ainsi en équilibre ? Si son pied glisse en dehors de la sandale, elle pourrait facilement tomber dans la rigole et se casser quelque chose » Puis, elle ponctue : « mais non, elle avance sûrement ! »  Posant les semelles sur les rares pavés qui jonchent la rue en travaux, les pieds nus dans les sandalettes effleurent la poussière et le sable qui sert aux ouvriers à étançonner les canalisations toutes nouvellement installées par les camions grues.

 

Oriane croise le regard de la jeune femme et leurs âmes se touchent une demi seconde ; toutes deux ont l’air apeuré de celles qui pressent le pas à la tombée de la nuit dans les quartiers mal famés. Pourtant, on n’est ni la nuit, ni dans un quartier mal famé, tout au plus un endroit populeux de la ville ! La jeune femme arrivée à hauteur de son épaule, Oriane ne se retourne pas. Un peu plus loin, elle dépasse un groupe de mères avec leurs poussettes ; le chemin est encombré d’objets utiles aux travaux de la voirie. Elle patiente quelques instants que les poussettes d’enfants s’installent en file indienne pour s’engager dans l’étroiture entre le trottoir  encombré et la rue, et, finalement, décide de s’engager carrément sur la voirie dépavée, empruntant un sentiment soudain de liberté.  Sur la route, la voie est libre !

 

Elle enjambe un tas de gravillons, puis, se dirige droit sur la place du vieux marché. La place est vide. Pas de buveurs aux cafés ! L’heure trop hâtive et frisquette n’incite pas les promeneurs à flâner. Poussant la porte du piano-bar, elle s’arrête et vise une place juste derrière la fenêtre, elle s’y assied et commande un chocolat. Derrière la devanture, le rideau qui tombe en oblique au dessus des plantes vertes la cache des regards extérieurs. Elle est tranquille pour se faire, comme elle dit, « son petit bilan ».

 

Elle repense aux dernières minutes passées avec le policier et fait se redéfiler les images accrochées à leurs dernières paroles. Les ayant revues, elle se repose une et mille questions : « Quelles drôles de pensées a-t-elle eu ses derniers temps ? Comment voit-elle la vie en ce moment ? » Le discours rassurant du policier à la fin de l’entretien : « Oui, madame, il s’agit bien d’un viol au sens strict de la loi ». « Oui, il y a bien circonstance aggravante vu l’âge de la fillette au moment des faits, et la relation de parenté qui existe entre l’abuseur et la victime ! » « Oui, vous avez bien fait de déposer plainte, même si les faits sont peut-être prescrits, ce que je devrai vérifier, en fonction de la date supposée des évènements et l’âge de la victime aujourd’hui »….  Et de penser en elle-même : « Non, elle n’a pas rêvé ce matin, ses jambes en flageolent encore ! » « Non, elle n’est pas obsédée par la vengeance, elle a fait ce qu’il fallait ». « Non, elle ne s’est pas trompée en agissant ainsi, elle a bien pris sa place ; sa place est de défendre l’enfant »…

 

Et cette injonction qu’elle avait lu dans le livret de la communauté française destiné « aux intervenants du secteur de la jeunesse » qui stipule que « tout intervenant qui aurait vent ou confidence d’abus ou maltraitance sur le chef d’enfants ou adolescents mineurs est tenu de sortir du secret professionnel et d’avertir les instances compétentes en matière de justice » vient à bout de ses arguments et finit par la rassurer complètement. Elle n’aurait même pas besoin d’en parler à son avocat. Sûre de son bon droit, elle retrouve même bonne conscience. « N’a-t-elle pas pris le parti de la victime ? ». « N’était ce pas la seule solution envisageable, compte tenu de ce qu’elle avait appris de l’enfant et de sa famille ? »

 

« Les évènements vont maintenant s’enchaîner un à un en dehors d’elle », se dit elle encore pour terminer son soliloque. Elle prend alors son téléphone portable et compose le numéro de téléphone de Gilou pour raconter brièvement la rencontre de ce matin. Elle a tant besoin de son soutien. Gilou la rassure avec une image tirée de son langage habituel : « la machine est lancée maintenant ! », sans se douter que ce simple énoncé crée dans la poitrine d’ Oriane une décharge récurrente d’adrénaline, avec d’autres questions  qui s’enchaînent à nouveau : « A-t-elle réellement bien fait ? ». « Quelles vont être les conséquences de sa démarche sur les autres, sur elle-même ? ». « Quelles pressions subira-t-elle ? »  Une fois encore, elle visionne intérieurement la petite victime, son regard gêné, implorant, et cesse aussitôt toutes ses tergiversations.

 

23/05/08

par Les Maries publié dans : familles communauté : les auto-édités
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Jeudi 15 mai 2008

 

Dans le nid douillet de maman, je n’étais pas tout seul. Un jumeau était près de moi. La petite graine de papa s’était séparée en deux, avait grandi : on était deux.

 Mon frère était descendu avec moi à l’intérieur de maman par un toboggan appelé trompe, on glissait doucement. Arrivés tout en bas, dans le fond du ventre, on s’est arrêté sur une paroi lisse, et on s’est accroché avec des lianes.

 Pendant ce temps, maman continuait ses activités, comme si de rien n’était.

On s’était installé, en silence, mon jumeau et moi, on s’était attaché, avec les lianes, aux parois du ventre. On s’était senti bien l’un tout contre l’autre et on s’était développé. Car au début, on n’était encore qu’une petite bulle. Mais bien vite on a grandi pour devenir des petits humains.

 Au début, nous étions si petits que maman ne sentait rien.

 A l’intérieur, il y avait beaucoup de place, nous avions fait notre plaine de jeu : nous pouvions nous balancer, faire des pirouettes, du trampoline, et même du football avec nos pieds qui commençaient à pousser.

 Pendant ce temps, le ventre grossissait à vue d’œil, on aurait dit un ballon qui gonflait. C’est à ce moment que maman nous a présenté à toute la famille.

 Mais nous restions cachés à l’intérieur du ventre de maman, personne ne pouvait nous voir. Il n’était pas encore temps de nous montrer. Nous étions chacun dans une poche, entourés d’eau pour nous protéger.

 Je pouvais déjà entendre mon jumeau à travers la poche. Cela faisait boum, boum, boum régulièrement ! C’est le cœur de mon jumeau qui battait, et j’étais très content.

 Parfois j’avais l’impression que nous étions plusieurs, et je tendais l’oreille. Mais plus tard je n’ai jamais vu que nous deux.

 J’entendais aussi le cœur de maman et beaucoup d’autres bruits, des glouglous, et aussi des autres sons qui venaient de l’extérieur, comme la voix de papa. Mon papa savait qu’on était là, et il chantait pour nous deux. J’entendais sa belle voix grave résonner à travers les glouglous, et j’avais envie de danser. Par moment, j’entendais le silence, et je m’endormais, avec mon début de pouce en bouche, pour me rassurer.

 Mais ce qui m’intéressait le plus, c’était mon frère, tout à côté de moi. Un beau jour, mes bras étaient assez grands pour le toucher, alors, je lui donnais la main.

 J’aimais déjà beaucoup mon frère ; je sentais dans l’eau, à l’intérieur du ventre de maman, quand il était triste. Alors, j’étais triste aussi. Je sentais aussi quand il était joyeux, et je jouais avec lui.

 Parfois, il se mettait en boule, loin de moi et je ne pouvais pas le toucher ; cela me faisait râler. Mais je le comprenais : moi aussi parfois j’avais besoin de place pour m’amuser.

 Parfois, la plupart du temps, nous dormions, paisiblement.

 Et nous nous développions.

 Nous étions devenu assez grands pour que papa aussi nous sente à l’extérieur du ventre de maman ; nous donnions des petits coups de pieds et papa mettait sa main, tout près de nous. Quand papa nous parlait, nous nous rapprochions de lui, à travers la paroi du ventre.  Il pouvait nous appeler par notre prénom.

 On lui faisait des bisous, à travers la paroi du ventre. Nous étions très heureux.

 Bientôt, nous sommes devenus plus grands.

Même si le ventre avait encore gonflé, il était devenu trop petit pour nous deux.

On était obligé de se serrer très fort, l’un contre l’autre, trop fort !

On était vraiment de plus en plus serrés.

Mon jumeau, pour me faire de la place, s’était retourné, la tête en bas. Mais cela ne suffisait pas.

 Nous étions bientôt prêt à naître.

 Alors, tout s’est précipité.

 Le ventre de maman s’est mis à balancer, à se tortiller, à presser très fort nos petits corps dans tous les sens.  J’étais complètement perdu.

 Mon frère s’est mis à pousser aussi contre moi, avec ses bras, ses jambes et tout son corps, il me faisait mal, il voulait absolument s’en aller. Alors, il est parti, le premier.

 Je suis resté seul, un long moment. J’ai cru que j’allais mourir !

 Et puis, moi aussi, je me suis retourné, la tête en bas, et j’ai poussé avec mes pieds dans le fond du ventre sur quelque chose de dur.

 Cela m’a permis de sortir, d’abord la tête, à l’extérieur du ventre de maman, ensuite mes épaules, et le reste du corps, cela glissait à nouveau, j’étais dans une mer d’huile.

Arrivé dehors, j’ai vu papa, maman et tout un tas de monde autour de moi. Mon frère était déjà dans les bras de ma maman. Il m’attendait, les yeux grands ouverts.

 Des mains m’ont posé sur ma maman, juste à côté de mon jumeau. Et nous avons souri. Nous étions de nouveau ensemble.

 Mon frère et moi, dans la vie, on est presque toujours par deux. On rit, on joue, on pleure, on mange, on va chez un ami ensemble.

Quelquefois, on se tourne le dos, pour aller voir ailleurs, c’est nécessaire d’être INDEPENDANT, mais cela ne dure jamais longtemps.

 Le soir venu, on est rudement content de se retrouver ! On va dormir à la même heure, on prend le bain en même temps, maman dit que nous sommes en FUSION. Et, même si on a chacun sa chambre, parfois l’un de nous deux rejoint l’autre en cachette dans son lit.

 Et, comme dans le nid douillet de maman, on se retrouve au petit matin dans le lit : moi, la tête en haut et mon jumeau la tête en bas.                                   illustration Jordi, 13/5/08

par Les Maries publié dans : Contes à grandir communauté : les auto-édités
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Vendredi 11 avril 2008

Quand tu pars au petit matin,

vers ton train-train.

Le chien te suit jusqu’à la porte

Il ne va pas plus loin que la porte, mais,

sa queue balance en t’accompagnant.

 

Lorsque je me lève à mon tour,

le nuage de ton after-shave se disperse

m’amène et me guide vers la salle de bain.

L’eau fraîche m’accueille, éveille mes yeux lourds.

Je pense à toi qui m’as précédé.

Pas envie de me lever !

Envie de soupirer dans les draps chauds que tu as quittés,

trop tôt !

 

En ouvrant la porte sur le jardin,

Pipi du chien oblige,

je guette un peu de soleil.

Les nuages annoncent la couleur du jour,

des chants d’oiseaux s’étirent alentour.

Le voisin quitte aussi sa maison.

Je vais ouvrir aux poules la pente glissante du poulailler.

 « Ouie ! » mes articulations me font mal

Je me dis « aïe » j’ai mal, donc je vis !

 

Je déjeune, l’odeur du café me rappelle ma maison d’enfance.

La tartine, le beurre, je ne peux pas m’en passer.

Une fine couche de confiture me colle aux doigts.

L’été prochain, je ramasserai encore des framboises

et je tournerai dans la casserole de cuivre la cuiller en bois.

 

Les coups de fil arrivent, on a attendu tout le week-end

pour prendre rendez-vous, c’était donc urgent ?

Je savoure entre deux actions, le bruit de mes pantoufles.

Puis je mets mes talons hauts et je pars travailler.

Entre-deux à nouveau, je fais ma soupe de midi :

Potiron-carotte, le facteur apporte

la lettre tellement désirée ?

Des factures, des rappels, des bons

à dépenser. Je respire, je vis encore.

Il faudra que je téléphone au médecin.

Et la réponse de l’éditeur, pas pour aujourd’hui ?

Entre-deux, mon projet !

 

Entre-deux encore, je recouds l’ourlet de ton pantalon.

Je récupère quelques boutons sur un jeans devenu immettable.

J’adore jeter par terre

les bouts de fil comme les couturières !

Je repense à des souvenirs de famille.

Ma sœur m’apprend à coudre.

La machine ronronne et rafistole…

Quelques ratés, il est temps d’aller déposer la Singer

chez l’électromécanicien. Il en existe encore ?

 

Te téléphonerai-je aujourd’hui ?

Juste pour dire bonjour, ou te laisserai-je m’appeler ?

Peut-être, si tu ne le fais pas, te préparerai-je une scène,

une scène d’amoureux en ménage.

Plus tard, pour t’endormir, tu me prendras quand même la main.

Pendant que tes yeux doux me fixeront,

toi combattant jusqu’à l’endormissement.

Même tes ronflements me manquent, quand tu n’es pas là !

Alors, j’attends.

Et puis j’attends,

le retour de famille, les rendez vous d’enfants,

 

Entre-temps,

les miens sont rentrés, l’un par la porte de derrière,

pour sortir le chien, paresseusement - Pipi du soir espoir,

l’autre par l’entrée de devant,

Juste pour faire du boucan

 « On est là ! »

 

Viennent les baisers, les notes, les petites discussions les « quatre heures »

Nous avons hâte de nous retrouver.

Quelquefois, une chose plus sérieuse.

On traîne les pieds dans la cuisine, parce que les devoirs attendent.

Avec le chat entre les jambes, tiens, il est revenu celui-là ?

Je ne l’avais pas vu de la journée, voyou va !

On met la table, on rit,

on se dispute, on mange enfin.

La TV a pris sa place, elle trône au milieu du salon.

Cela me permet de râler, de vider ma bile.

J’aime bien râler, tu avais remarqué ?

Je cherche la petite bête, histoire de dire

« Je suis là aussi !»

 

Dans dix ans, je relirai mes notes,

Je me demanderai où ces moments sont passés !

Alors, je fermerai les yeux.

Je m’arrêterai un instant pour penser.

Et je vous reverrai tous autour de moi.

A ce moment là, croyez moi,

Je serai encore HEUREUSE !

 

 

 

 

par Les Maries publié dans : Instantanés communauté : les auto-édités
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Dimanche 6 avril 2008
Dans une grande savane, une mère gazelle vivait avec son troupeau. Une petite gazelle était née. Ses oreilles étaient si longues que tout le troupeau étonné était venu la voir à l’orée de la forêt, là où les lions viennent chasser. Ignorant le danger, il s’étaient regroupés autour du bébé, puis s’en était retourné, les uns ricanant, pour autant me direz-vous que les gazelles ricanent, les autres embarrassés, car dans cette tribu là, personne, non, jamais personne n’était né avec des oreilles comme ça ! En grandissant, dame gazelle et son bébé s’étaient bien senties écartées quelques fois par les gens du troupeau. A tel point, que la maman, par moment, se demandait ce qu’elle avait bien pu faire pour mériter un pareil opprobre. Cependant, la vie poussait souvent le troupeau à se regrouper. Quelques fois le soir, autour d’une mare, tous les animaux venaient boire, et notre enfant gazelle s’était fait des amis. Car elle était charmante notre gazelle : intelligente, drôle, sympathique et chaleureuse, elle trouvait toujours un mot à dire à chacun : quelques zèbres rayés, quelques jeunes girafes, et même un éléphanteau à la peau cuivrée étaient devenus ses amis. Jamais ils ne se comparaient entre eux, jamais ils ne se critiquaient. Au contraire, dès qu’ils pouvaient sentir de la tristesse dans le cœur de l’autre, ils l’accueillaient gentiment. Ils se soutenaient, se parlaient, se réchauffaient. Cela arrivait au moins deux fois par mois, à la pleine lune, à la nouvelle lune. La mare était paisible d’habitude, mais lorsque les animaux affamés de la savane venaient y chasser, un souffle terrible s’abattait sur l’endroit, créant sur la surface lisse de l’eau de bien étranges spectacles. Sous l’eau le danger guettait également : des crocodiles noirs d’ébène se vautraient, attendant ici un pied gracile, là un museau velouté, et CRAC ! Un énorme coup de dent venait broyer l’animal imprudent ! Oui, vraiment la mare de bien étranges spectacles était le théâtre ! L’enfant – gazelle en grandissant s’était montrée discrète. Jamais une patte en avant, jamais une queue en arrière, elle marchait son petit bonhomme de chemin. Obligée pour obtenir un peu d’amour de se cacher, elle obéissait en étant le plus possible parfaite en tout, faisait semblant d’être comme tous les autres : au repos, au travail, et aussi avec les frères et sœurs qui n’en finissaient pas d’arriver dans le troupeau. Dans sa vie cependant fleurissait un don merveilleux : elle pouvait entendre, dans le murmure de la savane, quand un cœur battait. Doucement, à des kilomètres à la ronde, elle repérait ainsi braconniers, lions ou chasseurs de trophées. Le secret, c’est qu’elle pouvait aussi entendre l’amour qui coulait dans les veines des animaux blessés, et les messages cachés que se disent les sages. Elle pouvait prédire les jours d’orages et les tempêtes. Elle pouvait entendre les non-dits qui traversent de générations en générations les cœurs des animaux. Mais jusque là, personne ne le savait. Elle gardait son secret, la gazelle aux grandes oreilles qui croyait que personne ne l’aimait. Parfois, dans la vie, on peut être rejeté, exclu, humilié, parfois maltraité, négligé, alors qu’à l’intérieur de soi, on porte un trésor. Un soir que la mare paisible avait regroupé le clan autour d’elle, sans peur, les animaux plus âgés s’abreuvaient, pendant que les plus jeunes attendaient, oreilles au vent. Ils ne savaient pas ce soir là que, dans l’ombre des taillis, un troupeau entier de chasseurs était venu dés le matin se cacher dans les roseaux, en vue de traquer les animaux. Invisibles, les hommes s’apprêtaient à réaliser un désastre. A ce moment, notre gazelle en éveil entendit, ou plutôt sentit le cœur des hommes à travers les roseaux. Elle comprit aussitôt leur horrible projet. Poussant le cri de rappel propre aux gazelles, le cri de détresse, elle prévint les animaux. Les chats sauvages, les girafes, les oiseaux et même l’éléphanteau s’enfuirent de tous les côtés. Les hommes surpris n’eurent pas le temps de sortir leurs fusils, les gazelles purent s’échapper. La suite, vous la devinez ? Les gazelles toutes émoustillées par leur longue randonnée remercièrent la gazelle aux longues oreilles et firent honneur à la sagesse de son cœur. Elles comprirent que seule, la prudence et l’attention de la petite avait pu sauver le troupeau. Les longues oreilles qui avaient paru être un défaut et le cœur pur avaient permis aux animaux d’être sauvés. Désormais, au printemps, quand dans la savane naît un enfant, un aîné est chargé de vérifier si dans le noir il entend. Si c’est le cas, ils se réjouissent et font une grande fête. Un peu comme ce soir, ils racontent des histoires que les petits, beaucoup plus tard, pourront raconter à leurs petits enfants. Marie Roupsinsky,7/11/01.
par Les Maries publié dans : thérapeutiques communauté : les auto-édités
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Lundi 24 mars 2008

Pâquerette, la poulette-reporter.

 

Pâquerette, la jeune poulette était née avec quatre de ses frères et sœurs, tous plus jeunes, dans la partie du poulailler la plus ensoleillée.

 

Coco, le coq, son père, lui montrait patiemment des tas de choses, comme par exemple, compter les graines, grimper dans le fenil et les distribuer la paille à la couvée, car Emmie, la poule naine qui les avait couvés était malade : elle n'allait plus sur ses œufs le jour, ne s'occupait plus de ses poussins, et, la nuit, elle sortait à la lune. On aurait dit qu'elle vivait dans un rêve depuis que le tracteur de la ferme lui avait écrasé la queue !

 

Aussi Coco, le coq apprenait-il à sa fille aînée tout ce qu'il fallait savoir pour avancer dans la vie et aussi s'occuper des petits; qu'auraient – il fait sans elle ?

C'est elle qui, le matin, faisait sortir les poulets de la perche et les emmenait gambader dans le champs ! C’est elle qui, le midi, leur montrait comment gratter de la patte et du bec le sol pour en faire sortir fourmis et vers de terre !

Elle aussi qui, le soir, les prenait sous son aile chaude ! Elle encore qui, tout le jour, leur disait de s'aplatir à la vue d'un épervier ! Et même si elle ne faisait pas encore tout très bien, les autres poules le lui reprochant, elle faisait du mieux qu'elle pût pour son âge et de plus, ce n'était pas son rôle, tout de même !

 

De temps en temps, à peine plus grande que les poussins, elle devait montrer son autorité. Alors, elle retroussait le bec, piaillait très fort, battait de l'aile et commandait aux poussins qui allaient à gauche, allaient à droite, marchaient bien droit, la patte en attente, comme savent le faire les poussins. Parfois, elle piaillait si fort qu'elle en perdait la voix. Dans ces moments là, elle décidait qu'il serait plus commode de ne plus avoir de voix du tout, pour ne pas commander, pour seulement être elle-même dans le grand poulailler. Alors, elle apprit à parler en inventant un jeu : elle se faisait comprendre seulement avec les mains, avec des gestes.  Cette méthode ravissait les petits. Elle s'imaginait ainsi qu'elle n'était plus celle - là que son père voulait qu'elle soit. Plus tard, se disait-elle, elle serait fonctionnaire et elle les enverrait tous fonctionner !

 

En attendant, elle grandissait, dans le beau poulailler, en aidant ses frères et sœurs à être plus âgés. Mais un jour un grand malheur arriva. Le renard du bois joli était passé : le coq, la poule naine et un dindon, il avait emporté !

 

Pâquerette, toute émoustillée, non, époustouflée, non, comment dire, elle avait besoins de mots pour le dire, toute émotionnée, voilà, s'était arrêtée à la lisière du poulailler et avait compter les dernières plumes des parents accrochées au fil de fer barbelé. Mais Betty, la grande poule des voisins avait dit de ne pas s’approcher : le renard était passé, on n'y pouvait rien, c'était le destin ! Le destin, avait pensé Pâquerette, qu'est-ce que c’est ? Le destin avait emporté ses parents. Elle aurait bien voulu pleurer, mais Betty avait dit d'un ton solennel, "les poulettes ne pleurent pas, elles doivent montrer l'exemple". D'ailleurs, les poules n'ont pas de larmes, n'est-il pas vrai ? Ne dit-on pas « des larmes de crocodiles » ?

 

Pâquerette n'avait plus personne au monde que Betty, Gontran, l'oie du voisin, et ses poussins. Quand le fermier vint pour réparer la barrière par où était passé le renard, et qu'il vit pâquerette toute apeurée, réfugiée près des voisins, il décida de l'y laisser avec les poussins, le temps qu'ils soient gras et bien dodus.

 

Pâquerette aurait bien voulu rester dans le poulailler où elle était née, car chez les voisins, il n'y avait pas de soleil. L'abri dans lequel dormaient les animaux était poussiéreux, vieillot et sentait mauvais. Mais Pâquerette était trop petite, croyait-elle, pour donner son avis. Elle pensait que le fermier ne l'aurait pas écoutée de toute façon. Et, même s’il l'écoutait, il n’en aurait fait qu'à sa tête, ce mirliton ! En plus, chez les voisins, il y avait à manger, on ne manquait de rien, lui avait-on avancé : de la bonne pitance, des graines de tournesols, de l'avoine, des graminées de toutes les couleurs ! Même parfois, le dimanche, le pasteur qui revenait de la messe, leur amenait des vieilles hosties gardées à la sacristie, un régal, pour Pâquerette et sa poussinée !

 

Et le temps passait. Prise dans ses responsabilités et dans ses regrets, Pâquerette ne grandissait plus. Cette fois, c'est la fermière qui intervint.

- Pauvre Pâquerette, disait-elle, chez les voisins, personne ne s'occupe de toi, viens-t-en dans ma maison, je vais t'engraisser.

 

Epuisée, et quand même avec raison, Pâquerette décida de suivre la fermière, car elle avait faim pas seulement de bonnes graines, mais d'attention et d'amour.

 

Elle connut encore quelques aventures après son départ. Par exemple, la fermière, quand les gens ne la regardaient pas - il y a beaucoup de gens qui regardent les autres dans les villages - oubliait de donner à manger à Pâquerette, ou à boire, ou bien elle oubliait d'ouvrir le poulailler. Pâquerette n'avait pas d'air, ni d’eau de toute la journée. On appelle ça de la négligence chez les humains, mais c'est très peu reconnu, car le lendemain, ou, quand les gens passaient -les gens ont toujours beaucoup de pouvoir- la fermière donnait à pâquerette double ration pour faire bien.

 

Pâquerette en eut marre. Malgré sa petite taille, car elle ne grandissait toujours pas, elle décida de s’en aller à la ville.

 

Après bien des ébats, elle trouva un travail dans un orphelinat :monitrice pour poulettes. On lui proposait ce poste, car elle savait très bien faire rire les petits orphelins. Quand ils pleuraient, elle leur faisait des gestes, ceux qu'elle avait appris autrefois, et eux, se mettaient à rire. Et comme le rire fait grossir, cela leur donnait des grammes et des grammes d'embonpoint. Cela convenait  bien à l'institution: devenus bien gros, les poulets et poulettes pourraient être vendus au marché, et s'en iraient, les uns vers des fermes, les autres vers les abattoirs de volailles qui les attendaient. Ceux- là ne vivraient plus, mais ils serviraient de nourriture aux humains qui ont besoin de protéines.

 

Pâquerette était si adroite, bien qu’elle fut gauchère, qu'on la laissait là, hiver comme été. Un jour, s'en fut assez pour Pâquerette ! Devinez ce qui se passa ?

 

Pâquerette décida qu'elle s'arrêtait de s'occuper des autres et qu'elle pouvait vivre de sa vraie vie à elle. Elle voulait devenir photographe et voyager de par le monde. Elle voulait faire des reportages à travers toute la planète. Et c'est ce qu'elle fit !

 

Elle dit au revoir aux poulets, retourna voir sa poussinée : ils s'étaient bien tous débrouillés sans elle et n'avaient pas plus de soucis que vous et moi.  Elle découvrit même qu’elle était déjà tantine. Son frère tenait un café. Le soir des policiers fatigués, on les appelle aussi des poulets, venaient y discuter. De ses trois sœurs, l'une était devenue artiste-peintre. Avec ses déjections, elle faisait des expositions que toute la basse-cour admirait. Les deux autres courtisaient le nouveau coq du voisin. Celui-ci se pavanait au dessus du fumier comme se le doit un bon coq de ferme. Ses sœurs étaient si fières que Pâquerette ne voulut pas les contrarier. Elle embrassa les poussins qui ressemblaient à leur père.

 

Pâquerette partit en voyage et, comme elle savait déjà parler avec les mains, elle n'eut pas besoin d'interprète. Elle devint une très célèbre poulette photographe-reporter.

 

                                                                                                          Marie Roupsinsky

                                                                                                          Avril 2003

par Les Maries publié dans : thérapeutiques communauté : les auto-édités
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Mercredi 5 mars 2008
Le pardon.
 
Dés la rentrée à l’école élémentaire, on apprend à l’enfant doué d’ « âge de raison » à pardonner. Quelles sont les raisons psychologiques qui poussent les parents, les éducateurs ou professeurs à apprendre à l’enfant cette grande attitude du cœur ?
 
Le pardon est souvent sollicité pour permettre au lien de se rétablir. Les enfants en dispute, dont l’un est devenu la victime de l’autre, que ce soit «fait exprès » ou non volontaire, et l’autre, l’agresseur considéré comme le «fautif» se réconcilient.
 
Qui dit pardon dit jugement : l’enfant est en âge de comprendre qu’il a été lésé, et qu’un mal a été fait. Le pardon permet notamment la reconnaissance de la douleur de l’autre. Cela passe par une phase d’expression : la petite victime pleure, ou en appelle à l’adulte, « Aïe ! ». Une phase de prise de conscience  de l’action génératrice de la blessure, « qu’est ce qui s’est passé ! »; une phase de prise de conscience que c’est par l’action de son propre corps que l’enfant a causé le mal « ce qui s’est passé exactement ! » ; une phase de reconnaissance de l’intention sous-jacente « ce que l’enfant voulait !»; et enfin, après le pardon, une phase de reconnaissance des différents modes qui peuvent être utilisés pour régler les conflits entre les enfants, «ce qu’il aurait pu faire d’autre», ce que nous, adultes, appelons parfois phase de négociation. Ces différentes phases nous apprennent à reconnaître le point de vue de l’autre, mais aussi à asseoir notre propre point de vue dans une société qui en a bien besoin. Elles nous apprennent le respect de l’autre, le respect des lois, le respect de la différence mais surtout la responsabilité.
 
Le pardon demande qu’il y ait non seulement reconnaissance « je t’ai fait mal»; «je n’aurais pas du le faire»; « je ne savais pas»; «maintenant j’ai compris»; mais il demande aussi qu’il y ait réparation.
 
La demande de réparation peut venir de la victime, d’un parent, ou d’un représentant de la société (dommage civil). La réparation vient après la reconnaissance, pour permettre de retrouver la sérénité entre les deux protagonistes. Mais elle peut aussi être proposée directement par le petit agresseur : « tiens, je te donne ma balle, pleure plus ! ». L’important est que, dans son cœur, le petit agressé se sente entendu et qu’émotivement, il se sente réparé, à l’intérieur.
 
Lorsque la faute est très lourde, l’âme de l’enfant est touchée profondément. Il en gardera la mémoire très longtemps, ce qu’on appelle aussi le carnet de timbres ristournes : lorsque la collection est remplie, il y a risque d’un retour brutal du carnet : agression en retour dirigée contre l’autre : verbale, physique ; agression retournée contre soi : symptômes somatiques, mal au ventre, dépression, phobie scolaire.
 
Chez l’adulte, le pardon pour des fautes graves est plus complexe. Il demande un décentrage de la faute et un mouvement vers la personne. On reconnaît que l’action n’est pas toute la personne et que la personne est un être à part entière. On se décentre pour essayer de comprendre le sens de l’acte, d’appréhender le contexte : pourquoi cela s’est passé ? Pourquoi ? Pourquoi ? Devant le manque de sens, la personne est invitée à prendre de la hauteur, comme un zoom photographique prendrait de la distance, pour éclairer de loin la scène. Ce type de pardon demande de la victime d’être libérée des émotions qui envahissent. Elle demande aussi de prendre conscience de qui est l’autre et exige des capacités de compassion pour l’autre. Si elle n’est pas capable de pardonner, la personne peut investir son énergie dans une activité qui a à voir avec son état de victime, et transformer le mal, la douleur, en satisfaction d’aider les autres. Nous avons autour de nous en Belgique des exemples récents de telles démarches. 
 
Pour Tim Guénard, auteur du livre « plus fort que la haine* », le pardon est une force « qui désenchaîne l’individu ». Somme toute, pardonner à l’autre permet non seulement de retrouver sérénité pour soi ou pour les proches touchés par l’acte, mais aussi de se protéger de la violence future qui peut naître d’actes non pardonnés (mémoire familiale ou de clan).
 
En thérapie, on conseille souvent de n’appliquer le pardon qu’en fin de parcours thérapeutique : lorsque le mal et la souffrance ont été bien reconnus et traités, c’est à dire, lorsque la cicatrice n’engendre plus ni douleur, ni colère. Le pardonneur peut se poser certaines questions : pourquoi veut il pardonner ? A quelles conditions peut il le faire ? Par exemple, on ne donne pas son pardon à l’autre s’il ne l’a pas demandé, même s’il est important de lui rendre la honte, et la responsabilité de son acte. Cela redonne de la dignité à la personne qui a blessé. Le pardon ne s’offre pas gratuitement d’hommes à hommes, il se demande, se sollicite ; il se donne. Pour des actes très graves, la victime est invitée à se référer à plus grand que soi sous la forme suivante : « moi, je n’oublie pas ; moi je ne pardonne pas; mais je demande à plus haut que moi de le faire » C’est une démarche qui touche aussi, comme le fait d’aider les autres, à la dimension spirituelle.
 
C’est aussi une façon de reconnaître que nous sommes tous des humains, et que la limite entre agresseur et agressé est bien mince. Comme le disait Sartre, « nous avons les mains sales jusqu’aux coudes ! »
 
Pour Bert Hellinger, prêtre et psychanalyste allemand, créateur des «constellations familiales» il n’y a de paix possible dans les familles que si l’agresseur exclu du système est reconnu comme membre à part entière de la famille. Cela lui vaut dans son pays d’énormes controverses.
 
Plus simplement, pour Tim Guénard encore, pardonner, c’est « continuer à donner des nouvelles qui nourrissent la relation». C’est aussi continuer à célébrer la vie. C’est passer outre de la blessure pour rebondir avec la vie, cela donne de l’énergie.
 
Marie-Eve Mespouille. 4 /3/08
 
* Tim Guénard, « Plus fort que la haine, une enfance maltraitée », livre de poche.
 
par Les Maries publié dans : thérapeutiques communauté : les auto-édités
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Dimanche 2 mars 2008
Je refais la route en sens inverse. Heureusement, il ne pleut pas, cela suffit avec mes larmes qui débordent de mes yeux en dessous de mes lunettes. Non, je ne m’arrêterai pas au bord de la route pour essuyer ce gros chagrin, cela va passer. Je n’ai que ce que je mérite !
 
Depuis quelques jours j’avais apprêté ma décision. Je ne voulais plus cacher mes visites secrètes avec ma mère, je voulais me montrer. Après tout, ce n’est pas moi qui avait fauté ! Depuis quelques jours, j’avais préparé mon bouquet soigneusement : sur une barquette en fer blanc, de la peinture au ton ivoire donnait un craquelé des plus harmonieux. Par dessus, un ajouré de dentelle à l’ancienne collé avec deux points de silicone. J’étais contente, cela présenterait un dessus de table très joli. Très joli dans l’intérieur vieillot de personnes âgées comme me mère et mon père. Il m’avait fallu un peu plus de courage chez le fleuriste, à l’heure de ma décision, pour arrêter mon choix sur des fushias et des arums du Portugal et des petites marguerites à cloche d’une espèce que je ne connaissais pas.
 
Mon bouquet terminé, je l’avais encore admiré une journée, sur ma table de consultation, avant de lui mettre un ruban et l’emmener fêter les quatre-vingt printemps de ma mère. J’avais donc bien réfléchi. J’enverrais un message sous forme de texte : «&nbs